Technique Dressage : un cheval en bonne condition physique

Pour produire les efforts requis par la discipline et être performant en compétition, le cheval de dressage doit faire preuve d’une bonne condition physique obtenue par le biais d’un entrainement minutieux, mélange optimal de préparation physique, technique et mentale. Si la constitution physique intrinsèque au cheval et son talent naturel ont une incidence, la régularité de l’activité sportive, l’attention portée à la récupération et une hygiène de vie saine aideront votre partenaire quadrupède à évoluer en évitant la fatigue, le stress et les blessures. Le docteur Jean-Marc Buchi, vétérinaire, a accepté de partager ses connaissances en la matière.

 

Il semble de prime abord aisé de tirer des conclusions sur l’évolution de la condition physique d’un cheval d’après quelques observations simples telles que son degré de transpiration ou sa vitesse de récupération respiratoire pour un effort équivalent. Pourtant, la société Seaver travaille depuis plus d’un an sur la conception d’une sangle intelligente qui permettra, par l’intermédiaire d’une multitude de capteurs, de mesurer plus précisément puis d’analyser en détail les fluctuations des données déterminant l’évolution la condition physique. L’objectif final est de limiter le sur-entrainement et de prévenir d’éventuels problèmes de santé.

 

 

Quelques chiffres à comprendre

 

Au repos, la fréquence cardiaque du cheval varie entre trente et quarante battements par minute. Lorsque le cheval déroule le Grand Prix, ce chiffre augmente de soixante à cent quarante battements par minute. Les battements du coeur augmentent avec la difficulté de l’exercice, en particulier dans le travail latéral, le reculer, les pirouettes, le piaffer et le passage. Le fait de répéter ce type de mouvements augmente la production d’acide lactique ce qui est à terme susceptible de limiter les capacités du cheval.

 

Durant un effort intense, le muscle accumule de l’acide lactique. Si cet effort se prolonge, l’acide lactique ne pourra être totalement éliminé et stagnera dans le muscle, créant ainsi des courbatures. Pour éviter de solliciter les muscles de son cheval de manière excessive et prévenir les douleurs, le cavalier doit veiller à décomposer l’entrainement par intervalles réguliers entre et à l’intérieur des séances. Une session intense devra être amenée progressivement dans l’évolution de l’entrainement du cheval puis suivie le lendemain par une gymnastique plus douce. «Admettons que vous avez prévu de dérouler le Saint Georges. En préparation, vous allez devoir augmenter progressivement l’intensité de l’entrainement les jours précédents pour atteindre le point culminant au moment de l’épreuve. Le lendemain, il est plus prudent de prévoir une légère détente ou une longe afin d’irriguer les muscles en vue de décrasser le corps de votre cheval. Cela fait partie du processus de récupération», explique le docteur Buchi.

 

De la même manière, le McPhain Equine Performance Center de l’université vétérinaire du Michigan a publié dans son rapport Building a Stronger Dressage Horse qu’après avoir réalisé un mouvement de dressage exigeant, le cheval aura besoin pour récupérer de réaliser des exercices simples d’assouplissement pendant cinq à six fois le temps consacré à l’exercice plus difficile. Le fait de demander un effort modéré mais prolongé permettra de maintenir l’organisme en activité, l’occasion pour les muscles de se relâcher et pour la fréquence cardiaque de redescendre. Le cheval va retrouver une respiration normale sans se fatiguer d’avantage. C’est la récupération active. «L’idéal pour votre cheval est d’adopter un rythme d’entrainement long et lent qui participera notamment à améliorer son endurance. Pour dérouler une reprise de niveau Saint Georges, le cheval a besoin d’une trentaine de minutes d’échauffement avec une multiplication de transitions et du travail latéral dans une attitude longue et basse. C’est la phase de stretching. Peuvent alors suivre une trentaine de minutes d’exercices qui doivent impérativement être entrecoupés par un retour à de courtes séquences de stretching et des pauses. Il faut absolument éviter de répéter les mêmes mouvements en boucle. En effet, cela pourrait entrainer un traumatisme ligamentaire. Viendront ensuite la récupération active de dix à quinze minutes puis la récupération lente au pas», détaille le docteur Buchi.

 

 

La récupération active

 

En cours et en fin de séance, pensez à accorder du temps à la récupération active.

Par exemple : Après l’exécution d’un mouvement complexe comme une pirouette au galop, dépliez votre cheval le temps d’un cercle de vingt mètres au galop de travail avant de passer au pas pour une pause rênes longues.

En fin de séance, laissez le cheval s’étendre dans une attitude basse et ronde au trot enlevé sur des rênes mi-longues pendant une dizaine de minutes avant de clôturer la séance en marchant environ un quart d’heure au pas.

 

«L’échauffement est un incontournable dans l’entrainement du cheval de sport pour assurer sa sécurité articulaire et musculaire», rappelle le vétérinaire. Les assouplissements participent à améliorer la condition physique du cheval. En liberté, le cheval s’adonne instinctivement à cette routine puisqu’il se roule, se gratte, broute … A pied, le cavalier peut facilement les reproduire. Les étirements les plus fréquents consistent à étirer les antérieurs vers l’avant ou à fléchir l’encolure le plus loin possible à droite et à gauche en direction du grasset en encourageant le cheval avec un sucre. A l’entrainement, les mouvements latéraux, les transitions entre et à l’intérieur des allures et l’extension d’encolure permettent d’améliorer la souplesse latérale et longitudinale du cheval. Seuls les exercices à la portée du cheval doivent être demandés par le cavalier sous peine de crispations musculaires qui aboutiraient à une réalisation incorrecte du mouvement.

 

Pour s’assurer d’être fin prêt et booster sa confiance en lui à l’approche d’une compétition ou simplement pour jouir pleinement des connaissances techniques de son cheval, le cavalier est souvent tenté de répéter à outrance les mouvements de sa reprise. Or, pour maintenir un cheval en bonne condition physique, il est nécessaire d’insister avec humilité et patience sur son échauffement, gage d’endurance capable de limiter les douleurs ou l’épuisement. Que la discipline du dressage soit un loisir ou un métier, elle doit avant tout se pratiquer dans le respect absolu du corps de l’équidé. Si la détente parait parfois fastidieuse, le cheval ne manquera pas de récompenser un cavalier prévenant en lui offrant en définitive une réalisation harmonieuse de l’exercice escompté.

 

 

 

 

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