Technique Dressage : rassemblé, moyen, allongé

A partir des épreuves réservées aux jeunes chevaux de cinq ans éditées par la Fédération Equestre Internationale, l’intégralité des protocoles de reprises précise différents type de pas, trot et galop dont les nuances sont clairement indiquées par phases dans le texte. Ainsi et jusqu’au plus haut niveau de compétition, nous retrouvons aussi bien au pas qu’au trot et au galop des séquences de rassemblé, de moyen et d’allongé. Alain Francqueville, juge international 4*, décortique pour nous ces trois subtiles variations d’allure afin d’en clarifier les exigences en terme d’amplitude, de rythme, de cadence, de vitesse, d’activité et d’attitude.

 

 

Avant tout, le juge est attentif à la correction de l’allure, premier point de la fameuse Echelle de Progression qui s’applique à tous les degrés : rassemblé, moyen, allongé. Certaines notions centrales comme celle de rythme, de cadence et de vitesse sont essentielles à la bonne compréhension de ces fluctuations. Selon Alain Francqueville, la pureté de l’allure s’évalue essentiellement à la justesse du rythme qui ne doit jamais être altéré c’est à dire ne pas présenter d’irrégularité au trot, pas de latéralisation au pas et pas de galop rompu. D’autre part, l’ancien responsable des équipes de France de dressage souligne l’importance du maintien de la cadence. « La stabilité de la fréquence du poser d’un membre mesurée par le métronome témoigne de la souplesse et de l’équilibre du cheval notamment lors de transitions ». Afin de garantir cette fluidité, Alain Francqueville recommande de ne pas exiger trop de netteté dans de transitions lors de l’apprentissage. « Lorsque l’on allonge l’allure, le risque est de précipiter (la cadence augmente) alors que le défaut principal en fin d’allongement est de ralentir la fréquence du poser en revenant au trot rassemblé. Pour obtenir une note optimale, le cavalier doit veiller au maintien de la rapidité des postérieurs dans la transition descendante ». En définitive, l’objectif est que la variation d’allure aboutisse au changement de vitesse par augmentation de l’amplitude alors que la cadence demeure similaire ou n’évolue que très sensiblement en conservant son rythme pur – deux temps au trot, quatre temps au pas et trois temps au galop.

 

 

Résister à la tentation du trot passager

 

 

Bien qu’il en maintienne l’activité, l’énergie et la puissance, le trot rassemblé se différencie des trots moyens et allongés puisque sa rapidité est inférieure. Alain Francqueville nous met en garde, «le trot rassemblé doit prendre, selon le degré de dressage du cheval, de l’expression sans jamais aller vers le trot passager. Cela serait considéré comme une faute, les postérieurs perdant leur rapidité et la cadence se ralentissant ». On se souvient du Global Dressage Forum de 2009 où le débat sur la qualité du trot a fait scandale lorsque Ton de Ridder, célèbre entraineur allemand, y avait interrogé l’auditoire sur l’évolution de la présentation du trot et la fâcheuse tendance à proposer une sorte de passager accéléré ou de trot ralenti. La question du trot allongé de Totilas manquant de couverture de terrain avait alors été soulevée et la discussion aussitôt étouffée. Si le cheval doit se présenter avec la nuque le point le plus haut dans le travail au trot rassemblé, Alain Francqueville rappelle qu’«il doit garder sa souplesse pour que l’impulsion passe par le dos et arrive à la main sans nuire à l’engagement des postérieurs ». En tant qu’entraineur, il admet que si la notion de rassemblé existe à tous les niveaux de reprise, il ne faut pas avoir les mêmes exigences dans les épreuves jeunes chevaux que dans le Grand Prix. « A cet ultime niveau de compétition, le trot rassemblé deviendra plus expressif et avançant, les chevaux restant en avant de leurs traces ». 

 

 

« Le trot moyen montre plus d’amplitude que l’allure rassemblée, sans rechercher l’excès et en donnant la priorité à la souplesse, à l’équilibre et à la fluidité des deux transitions », explique Alain Francqueville. « En ce qui concerne l’attitude elle est très peu modifiée, mais doit permettre l’adaptation du cadre c’est à dire autoriser des gestes plus amples pour des foulées plus grandes. L’excès de relèvement des antérieurs est néfaste à ce niveau d’amplitude. Toutefois le cheval doit devenir « montant » et ne pas pousser trop vers l’avant au risque de se durcir, au détriment de la cadence ». Le trot allongé se distingue du trot moyen puisque l’amplitude et donc la vitesse y sont augmentées. « Avec le degré de dressage et l’amélioration de sa capacité portante, le cheval va gagner en liberté d’épaule et en expression sans exagérer l’amplitude. Le risque est de rechercher trop tôt cette expression en nuisant à la propulsion des postérieurs et à la souplesse du dos qui doit toujours permettre un lien élastique avec l’avant-main », continue le juge. En résumé, l’activité des trots moyens et allongés doit impérativement être maintenue dans l’allure rassemblée, condition sine qua non à l’obtention de l’expression et au maintient de la cadence. Au trot, cette cadence est d’environ soixante-huit à soixante-quatorze foulées (fréquence de poser d’un membre donné) par minute.

 

 

Le galop rassemblé accentué dans la pirouette 

 

 

En ce qui concerne le galop rassemblé, Alain Francqueville explique qu’il faut absolument le  distinguer du galop rassemblé « accentué » requis pour le travail de pirouette. Par exemple, voltes et  appuyers sont présentés dans un même galop rassemblé mettant en évidence l’allure portante illustrant la légèreté de l’avant-main permettant la mobilité, caractéristique du rassembler. La nuque reste le point le plus haut, avec un léger pli du côté du pied, qui existe même en ligne droite mais doit rester faible. « Le galop rassembler doit être droit c’est à dire que l’épaule intérieure est devant la hanche intérieure, alors que la tendance naturelle est un léger échappement vers l’extérieur de l’épaule extérieure. Pour ce qui est de l’amplitude, le cheval doit être en avant de ses traces et garder la rapidité des postérieurs avec un engagement » rappelle-t’il. Le galop à gauche doit être parfaitement identique au galop à droite. Toute dissymétrie naturelle devra être gommée par une gymnastique adaptée. « Pour ce qui est du galop au rassembler accentué, nécessaire à la pirouette, son rythme est légèrement différent : il passe à quatre temps mais sans exagération du décalage des posters du diagonal. Là aussi un ralentissement exagéré de la cadence serait une faute et nuirait à l’activité ». Au galop, la cadence est bien supérieure à celle du trot puisqu’elle est se situe entre quatre-vingt-douze et quatre-vingt-seize foulées par minute.

 

 

Au galop moyen, le cheval gagne en vitesse et en amplitude. Il doit néanmoins rester droit et en équilibre en particulier dans les transitions. L’attitude varie peu par rapport au galop rassemblé quoi que l’adaptation du cadre en raison de gestes plus amples doit être envisageable. Les changements de pied en l’air, isolés ou en série, sont habituellement présentés dans un galop plus vers l’avant que le galop rassemblé. Cependant, en avançant dans l’entrainement, le cavalier doit rechercher une tendance plus montante en se rapprochant du galop rassemblé. Le galop allongé correspond à la vitesse la plus grande du cheval. Elle peut risquer de mettre en péril la qualité de la rectitude et de l’équilibre du galop. L’attitude adaptée est celle qui permet à la fois l’amplitude des gestes et le maintien de l’équilibre et devrait conduire, lors d’une bonne exécution du mouvement, à une tendance montante. « Cette dernière résulte un peu de l’inné, beaucoup de la technique mais aussi  d’une augmentation de la réactivité aux jambes d’une part et d’une multiplication de petites variations de vitesse d’autre part ». 

 

 

Pour améliorer la qualité des allongements au trot et au galop, vérifiez la réactivité de votre cheval aux aides en dupliquant les transitions brèves entre et à l’intérieur des allures dans le but d’augmenter son envie de se porter en avant. Si le cheval peine à developper sa foulée, commencez par demander seulement quelques mètres de l’exercice. Lorsqu’il sera plus à l’aise, intégrez une volte en début et fin d’allongement. Cela vous aidera non seulement à soigner les transitions mais également à maintenir votre cheval en équilibre. L’usage des cavalettis pourra être un complément d’entraînement bénéfique afin d’encourager votre cheval à étendre sa foulée. Soignez les coins et attendez d’être droit sur la diagonale pour débuter progressivement l’allongement. Apprenez à vous satisfaire de peu : mieux vaut maintenir cadence et régularité que de tomber dans la précipitation et risquer une faute de rythme. Pour que le cheval ne plonge pas sur les épaules, gardez le rassemblé à l’esprit lors les allongements. Par exemple, le fait de penser au passage dans le trot allongé vous aidera à maintenir la cadence.

 

 

Distinguer activité et précipitation au pas

 

 

Le pas est probablement l’allure qui se voit le plus souvent détériorée par un travail inadapté ou une crispation excessive du cheval. Contrairement aux idées reçues, le pas est une allure améliorable au même titre que le trot et le galop. Le pas est une allure difficile à maintenir pure en raison de sa lenteur et de la difficulté à garder le cheval totalement devant la jambe dans un mouvement en avant  limité. Pour autant, n’y voyez aucune fatalité si votre cheval a tendance à perdre le rythme. Le pas peut s’altérer vers la latéralisation ou la diagonalisation, sorte de pas d’école qui seront toutes deux sanctionnées par le juge. Le cavalier risque aussi de confondre activité et précipitation. En réalité, le juge recherche le bon rythme avec quatre temps égaux, une cadence calme d’environ quarante-quatre à cinquante-six foulées par minute et une relation attitude/amplitude adaptée à l’allure demandée : rassemblée, moyenne ou allongée.

 

 

« Au pas rassemblé, le cheval est légèrement en arrière de ses traces, voire dans ses traces. La nuque doit être le point le plus haut sans nuire aux ondulations du dos et à l’engagement des postérieurs, y compris dans les pirouettes », clarifie Alain Francqueville. « Au pas moyen le cheval est en avant de ses traces d’une longueur d’un ou deux sabots, l’encolure est un peu dépliée avec le chanfrein en avant de la verticale. La bouche du cheval se situe environ à hauteur du bas du genoux du cavalier. Au pas allongé, le cheval est encore plus en avant de ses traces, de trois sabots minimum, mais la différence d’amplitude entre les différents pas d’un même cheval sont à prendre en compte. En ce qui concerne l’attitude, l’encolure s’étend vers l’avant et vers le bas, ce qui doit permettre à la bouche de se situer à hauteur du milieu de la jambe du cavalier. Il est aussi important que le nez reste en avant de la verticale ». Contrairement au pas libre, le cavalier doit s’assurer de maintenir le contact sur les rênes au pas allongé même si celles-ci se rallongent nettement.

 

 

Si le pas rassemblé de votre cheval est défaillant, multipliez les cessions à la jambe, épaules en dedans, hanches en dedans et hanches en dehors dans cette allure. Comptez aussi sur la répétition de transitions du pas allongé au pas rassemblé puis vice versa pour conserver la décontraction du cheval. Les plus aventureux d’entre vous pourront également se servir de cavalettis dans l’optique de décomposer le pas et exploiteront les chemins de forêt dont les irrégularités et les pentes forceront le cheval à soigner son allure afin de ne pas trébucher.

 

 

 

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