Technique Dressage : La Semaine d’Entrainement Type des Champions

Karen Tebar et Beatriz Ferrer Salat ont confié tous les secrets de l’organisation d’une semaine type pour leur chevaux au magazine GRAND PRIX l’an dernier. Camille partage cette exclusivité avec vous ici !

 

 

Diversifier l’entrainement avec Karen Tebar et Beatriz Ferrer Salat

 

Avant d’être un athlète, le cheval est un mammifère herbivore et grégaire passant la majeure partie de son temps à se nourrir et à se déplacer. La domestication du cheval puis sa transformation en athlète ont nécessité certains aménagements dans son mode de vie. Focalisés sur la compétition, nous risquons d’oublier les besoins primaires de nos chevaux. Pour pallier cette tendance, le cavalier doit faire preuve d’imagination et de créativité en aménageant pour son compagnon un emploi du temps divertissant. Les cavalières olympiques française et espagnole Karen Tebar et Beatriz Ferrer Salat ont compris que cette diversification des activités est indispensable en dressage. Elles vous dévoilent leurs secrets pour maintenir au beau fixe le mental et le physique de leurs partenaires.

 

Pour Karen Tebar, le programme d’un cheval doit avant tout dépendre de son âge mais également du déroulement de la saison de concours. En fonction du moment de l’année et des objectifs, celui-ci peut varier. L’organisation de la semaine doit aussi être adaptée aux particularités de chaque cheval et prendre en compte les besoins physiques et mentaux de chacun. «J’estime que mes chevaux ont besoin de sortir de leur boxe deux fois par jour et plus qu’une heure. Il est naturel pour un cheval de bouger, de marcher sans selle ni cavalier en liberté ou à la longe».

 

 

Multiplier les activités

 

Pour Karen Tebar, la clé du succès se trouve dans la polyvalence des occupations du cheval. «Le cavalier doit être capable de lui offrir des conditions de vie propices à la motivation, à l’équilibre et à la sérénité. C’est non seulement sa responsabilité mais également sa seule chance de réussir au plus haut niveau. Pour gagner, il faut que le cheval lui aussi aime sa discipline. Pour cette raison, nous devons lui proposer un programme stimulant. L’ennui est notre pire ennemi. Pour mieux se concentrer, le cheval a besoin d’avoir un esprit libre et positif». Si le dressage est en partie répétition, la réitération excessive de séances intenses a plutôt tendance à nuire à la bonne assimilation des indications du cavalier et à l’apprentissage des exercices. Beatriz Ferrer Salat en est convaincue. Dans son écurie de Barcelone, l’emploi du temps des chevaux est surprenant. Cette cavalière médaillée de bronze au dernier championnat d’Europe à Aix-la-Chapelle avec Delgado n’a pas froid aux yeux. «Ici, mes chevaux ne travaillent en dressage que deux fois par semaine. Tous suivent plus ou moins la même routine. Sur ces deux jours d’entrainement, l’un est réservé au piaffer et passage avec un entraineur spécialisé. Les plus jeunes suivent des séances hebdomadaires d’initiation à ces mouvements afin de les intégrer progressivement». Pour l’espagnole, pas question d’être cantonnée au manège. Le reste de la semaine est complété par des activités essentiellement extérieures. «Les chevaux profitent de la piste de galop deux jours par semaine. C’est la même chose avec la forêt où ils vont en trotting ou en balade. C’est excellent pour leur gymnastique puisque ma région est plutôt montagneuse. Une fois par semaine, les chevaux adultes travaillent aux longues rênes». Comme les chevaux de Grand Prix, les jeunes se voient octroyer un jour de repos passé au paddock. En parallèle, leur programme inclut une séance d’équitation naturelle ou éthologique. Du côté de Stuttgart, chez la championne de France en titre, les chevaux de trois et quatre ans ne sont montés que deux à quatre fois par semaine. «Ce sont des bébés qui ont besoin de jouer et de rêver, en liberté ou au pré».

 

 

 

 

 

Comme chez l’être humain, le repos et la diversification des activités favorisent un meilleur enregistrement des informations. Chez Karen Tebar, le programme suit une logique similaire. «En général, je travaille mes chevaux de Grand Prix Don Luis et Ricardo deux à trois jours de suite en dressage avant de leur proposer un jour de relaxation». Par relaxation, il ne faut pas entendre un jour où le cheval ne quitte pas son boxe. Si des contraintes logistiques peuvent obliger certaines écuries à établir un jour de fermeture, l’idéal est de proposer quotidiennement une ou plusieurs sorties au cheval. «Quel que soit leur programme du matin, les chevaux sortent une deuxième fois durant l’après midi en balade, à la longe ou au marcheur. Les jours où nous ne pratiquons pas le dressage pur, la gymnastique peut continuer avec des petits parcours d’obstacles. Rien d’ambitieux, simplement une activité amusante pour le cheval à base de cavalettis ou une séance en liberté dans le manège. Lorsque je reprends l’entrainement le lendemain, je débute progressivement avec une séance centrée sur la qualité des allures, la décontraction de mon cheval et ma position». Comme pour les cavaliers, les chevaux ont besoin d’une préparation sportive complète et variée. «Pour former un corps de sportif, il faut travailler tous les muscles, la force et la coordination. Pour cette dernière, les cavalettis ont une valeur remarquable. A chaque utilisation, je modifie les distances et la hauteur. Je les place parfois sur un cercle, parfois en ligne. Je les aborde au pas, au trot et au galop. Il n’est pas nécessaire de mettre de gros obstacles pour enseigner au cheval l’équilibre. C’est bon pour le moral !» Le nombre d’activités disponibles est infini et chacune d’entre elles s’avère utile. En plus de lui permettre de décompresser, elles peuvent créer des déclics chez le cheval. Il n’est pas rare que le rythme du passage soit découvert ou l’amplitude du pas amélioré en passant des cavalettis. Un moyen simple de joindre l’utile à l’agréable. «Grimper des collines aide à augmenter la force des postérieurs et du dos. Se balader sur des sols différents est bon pour la coordination et à long terme pour la solidité des membres». 

 

 

Le cavalier doit également faire preuve d’inventivité dans le contenu de chaque séance afin de maintenir l’attention du cheval, d’encourager sa motivation et de solliciter sa personnalité. «Chaque jour, j’axe l’entrainement sur un thème différent», explique Karen. «Un jour, je me concentre sur le trot et le piaffer/passage. Le lendemain, je préfère une séance au galop. Systématiquement, les chevaux sont détendus aux trois allures mais l’accent sera mis plus particulièrement sur l’une d’entre elles ou sur un mouvement bien précis. Je veille aussi à ne pas toujours exécuter exactement le même mouvement mais à soigner la préparation, à tester les combinaisons, à décliner l’exercice. Par exemple, si j’opte pour le travail de pirouette au galop, je vais décomposer la gymnastique en séquences : les transitions à l’intérieur de l’allure, les voltes auxquelles j’intégrerai progressivement des épaules en dedans et têtes au mur, les quarts de pirouette, les doubles pirouettes…»

 

 

Le spectateur – qui plus est le juge – reconnaitra sans difficulté un cheval qui joue avec son cavalier d’un cheval qui s’y soumet. La compétition ne doit pas être une corvée, cela doit faire partie du jeu. «Tous les dix jours, parfois d’avantage en pleine saison, je mets tous les éléments de la reprise ensemble et je répète une épreuve. Si mon cheval anticipe, il m’arrive même d’en inventer une pour me forcer à exécuter les mouvements à la lettre, avec moins de préparation», nous confie Karen.

 

 

 

 

Le paddock : un incontournable

 

 

Le docteur Charles Barré, vétérinaire spécialisé dans la nutrition équine, insiste sur la nécessité de mettre tous les chevaux, y compris de sport, au paddock. «Le cheval est un animal herbivore qui à l’état sauvage marche plusieurs kilomètres par jour. Pour rendre la pratique des sports équestres plus commode, l’homme a choisi de le faire vivre en boxe en faisant abstraction de son comportement naturel de proie lui rendant l’enfermement et l’isolement insupportables. Pour faciliter sa domestication, le cavalier lui propose un aliment alternatif distribué de manière ponctuelle plusieurs fois par jour. La mise au pré accorde au cheval plus de mobilité, lui évite de ne consommer que des aliments secs et lui permet de s’alimenter par petites quantités de manière régulière durant toute la journée. D’autre part, le cheval déteste la solitude et les sorties au paddock lui donnent l’opportunité d’interagir avec ses congénères». Pour Beatriz Ferrer Salat, c’est une évidence. «Mes chevaux vont au paddock tous les jours quel que soit leur âge et leur niveau». 

 

 

Pour Karen Tebar, la solution a été d’intégrer des paddocks de quatre mètres sur quatre attenants au boxe pour que les chevaux puissent circuler librement entre l’intérieur et l’extérieur. «Cet aménagement permet au cheval de se déplacer toute la journée dans un espace plus large qu’un simple boxe. C’est idéal par mauvais temps lorsque les paddocks sont impraticables. L’hiver, cela permet aux chevaux d’être au grand air sans prendre de risque. L’été, ils peuvent profiter de prés individuels pendant une à deux heures par jour».

 

 

Marc Boblet, son coéquipier lors des championnats d’Europe d’Herning en 2013, partage la conviction qu’il faut savoir rendre sa liberté au cheval, même s’il concourt au plus haut niveau. «Noble Dream va systématiquement au paddock après son entraînement et apprécie même la compagnie de Satanas, sa miniature taille poney». Si certains y voient un danger potentiel, ces cavaliers de Grand Prix privilégient le bien être de leur cheval, quel qu’en soit le prix.

 

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