Technique Dressage : la rectitude

La rectitude, un passage obligé en dressage

 

 

Souvent négligée au profit d’autres qualités plus spectaculaires, la rectitude est pourtant la pierre angulaire du dressage : elle est indispensable à la qualité du contact et fondamentale à la construction du rassembler. 

 

 

Les points 4 et 5 de l’Echelle de Progression, éditée par la Fédération Française d’Equitation en janvier 2014 traitent de la rectitude. Le document stipule que « le cheval est dissymétrique en raison notamment de son inflexion naturelle. Il paraît plus raide d’un côté que de l’autre, ce qui cause une dissymétrie du contact. Le redressement du cheval est une tâche jamais achevée, en raison non seulement des capacités latérales différentes des chevaux qui cherchent à échapper soit des hanches soit des épaules, mais aussi d’un entraînement imparfait». L’objectif pour le cavalier est de rechercher une égale aisance aux deux mains et une parfaite symétrie du contact sur les rênes. La quête de rectitude ne devra jamais se faire au détriment de l’impulsion et doit respecter scrupuleusement les deux points précédents que sont la propulsion et l’équilibre. Lorsque le cheval est droit, la pureté de ses allures est assurée.

 

La toute première étape pour redresser un cheval est d’en redresser le cavalier. Ce dernier doit avant tout prendre conscience de son corps et de sa position dans l’espace (proprioception) pour faire les ajustements nécessaires. Plus le cavalier est droit plus il est à même de ressentir la correction de la rectitude de son cheval. La musculature joue un rôle central dans l’amélioration de la rectitude. Chez le cavalier, les muscles s’habituent à une certaine position du corps et mémorisent les mouvements exécutés. Le corps et l’esprit, à force de répétition, s’habituent à une certaine posture et si celle-ci mérite des modifications, il deviendra de plus en plus difficile de la corriger. En effet, une situation d’inconfort est créée dès que le cavalier cherche à modifier sa position habituelle, d’où la nécessité d’être exigeant dès les premiers instants en selle. Le cheval parvient parfois à compromettre la position de son cavalier, se maintenant ainsi dans une zone de confort en évitant de satisfaire l’exigence de rectitude.

 

Diane de Carbonnières, titulaire d’un diplôme de masseur-kinésithérapeute spécialisée dans l’étude de l’anatomie et la bio-mécanique du cheval, rappelle l’étroite continuité tissulaire qui lie le cavalier à son cheval. « Le muscle grand dorsal du cavalier ainsi que les petits, moyens et grands fessiers et que les muscles du plancher pelvien épousent le muscle grand dorsal du cheval. Cette chaîne tissulaire s’attache à des leviers osseux et le bassin est en étroite relation avec le dos du cheval. Cela explique parfaitement que si le cavalier fait preuve de raideur, dureté, fermeté inappropriée, s’il est déséquilibré ou qu’il se positionne mal en selle, il y aura des conséquences chez le cheval ». Il est indispensable que le cavalier soit à l’écoute durant l’entraînement de son cheval. « Afin d’accueillir au mieux ce que son cheval donne, le cavalier doit être bien préparé et ce sont notamment ses articulations qui devront être fluidifiées grâce à des séances d’étirements. » Diane de Carbonnières explique que le cheval est un animal saggital : il se déplace symétriquement. « Si le cheval ne se porte pas également des deux côtés, il faudra s’assurer qu’il n’y ait pas de douleurs dans les régions portantes, motrices : jarrets, hanches, sacro-iliaques, lombaires… ». Cette habituée du complet et des courses n’en démord pas : « il faut toujours revenir à des exercices de gymnastique à la fois pour le cheval et le cavalier afin d’obtenir avec le temps une liaison élégante« .

 

Stephen Clarke, juge international 5* président des Jeux Olympiques de Londres et Juge Général auprès de la Fédération Équestre Internationale nous explique pourquoi il est essentiel de reconsidérer l’importance de la rectitude. « Il semblerait que le manque de rectitude chez le cheval vienne de sa position recourbée dans le ventre de sa mère », nous indique Stephen Clarke. « Se demander pourquoi un cheval marche de travers équivaut à s’interroger sur l’origine des droitiers ou gauchers. Tous les chevaux sont naturellement plus incurvés d’un côté et moins flexible de l’autre. Seul un entraînement proposant une bonne gymnastique va permettre de rendre le cheval pareillement souple des deux côtés ce qui mènera à une bonne la rectitude ». Le juge britannique considère la rectitude comme un élément nécessaire au développement de l’impulsion et du rassembler. « Je donne toujours l’exemple de quelqu’un qui lancerait un ballon contre un mur : s’il lance droit, le ballon va directement lui revenir mais s’il lance de travers, le ballon va rebondir sur le côté. De la même manière, il faut que l’énergie du cheval vienne des postérieurs, à travers un dos souple en aboutissant finalement dans la main. Cela permet à la parade ou demi arrêt de jouer son rôle : transférer le poids du cheval sur des postérieurs engagés permettant ainsi la légèreté et la mobilité des épaules. Avec un cheval traversé, cette énergie va s’échapper vers le côté plutôt que vers le mors ce qui rendra inefficace toute tentative de parade et de remise de poids sur les hanches ». En tant que juge, Clarke insiste «la rectitude est un élément crucial à prendre en compte  lorsque l’on évalue la qualité des exercices. En sanctionnant la rectitude, le juge va guider l’évolution du cheval vers le degré de rassembler nécessaire pour grimper dans les niveaux de reprises. Un cheval traversé verra en particulier sa note de soumission être diminuée mais c’est la totalité des notes d’ensemble qui devront refléter un manque permanent de rectitude».

 

 

Qu’est-ce que la rectitude ? 

 

« Un cheval est droit lorsqu’il peut s’incurver et se déplacer d’une égale manière des deux côtés dans les trois allures, et que les postérieurs suivent les traces des antérieurs en ligne droite comme sur les courbes. On dit qu’un cheval est en ligne lorsque la propulsion est bien en concordance avec l’axe qu’il suit, sur la ligne droite comme sur la courbe ». (Echelle de Progression) Il va s’agir pour le couple, grâce à l’entraînement, de devenir ambidextre dans la pratique équestre afin de créer une parfaite symétrie. Il n’est jamais trop tôt pour soigner la rectitude pour éviter que le déséquilibre ne s’installe.

 

 

Pourquoi votre cheval doit-il être droit ? 

 

L’Echelle de Progression définit trois raisons de rechercher la rectitude :

– Une bonne rectitude aide le cheval à rester sain par une répartition égale du poids sur les deux côtés. Un cheval droit est un cheval symétrique dans son corps qui fait donc preuve d’une souplesse et d’une perméabilité égales des deux côtés.

– Seul un cheval droit peut prétendre atteindre le rassembler. Parce qu’il est apte à pousser symétriquement avec ses postérieurs sur un contact égal des deux rênes, le cheval droit à la capacité de se rassembler. Grace à la rectitude, les postérieurs peuvent pousser en direction du centre de gravité.

– « Renforcer la rectitude d’un cheval permet une plus grande correction des transitions et des arrêts, la symétrie du contact et des allongements, l’aisance des changements de direction et des mouvements de deux pistes, ainsi qu’une plus grande qualité des changements de pied au galop. »

 

 

Vérifier la qualité de la rectitude 

 

Il est indispensable pour le cavalier de s’assurer régulièrement de la qualité de la rectitude. Le meilleur moyen est de se déplacer sur la ligne du quart ou la ligne du milieu afin de tester, sans l’encadrement du pare-botte ou de la lisse, le respect des aides du cavalier, en particulier des aides extérieures. Il est très utile de pouvoir s’aider de miroirs ou d’une personne à pied pour favoriser une meilleure rectitude.

 

 

Améliorer la rectitude : l’épaule en dedans

 

De nombreux exercices facilitant le développement de la rectitude peuvent être employés. Toute gymnastique visant à assouplir le côté le plus raide et à étirer le côté le plus court est bénéfique. Stephen Clarke conseille l’épaule en dedans, base du travail latéral, comme outil pour améliorer la rectitude d’un cheval. « Étant donné que l’on cherche toujours à redresser un cheval en plaçant les épaules devant les hanches plutôt que le contraire, l’épaule en dedans me paraît être une clé indispensable ». L’Echelle de Progression propose le redressement du galop comme exercice pour «corriger la tendance naturelle des chevaux à galoper traversés : épaule externe échappant en dehors et la hanche interne venant en dedans. Ce redressement ne doit en rien altérer ni la correction de l’allure, ni la projection». Au galop, le cavalier pourra également estimer la rectitude de son cheval en employant le galop à faux. En longeant la piste au galop à faux, le cavalier doit maintenir le cheval parfaitement en ligne, sans flexion et droit d’épaules et de hanches. Si le cheval est traversé, c’est le pare-botte qui va intervenir pour redresser le cheval.

 

 

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