Technique Dressage : la pirouette au galop

Ghislain Fouarge, ancien Juge Général de la Fédération Equestre Internationale et juge international 5*, a publié des recommandations quant au jugement de la pirouette au galop le 1er Juillet 2011. Ce document définit la pirouette comme un tournant de 360° ou 180° exécuté sur deux pistes dont le rayon doit être égal à la longueur du cheval.

 

Si la taille est supérieure à un mètre, on utilise le terme de hanches en dedans ou pirouette de travail. Le document stipule que « l’avant main tourne autour des hanches, les antérieurs et le postérieur externe se déplaçant autour du postérieur interne, celui ci évoluant vers l’avant sans s’écarter sur le côté. Les postérieurs doivent dessiner un cercle le plus petit possible, le cheval restant incurvé du côté où il tourne, conservant sa mise en main avec un contact moelleux. Le juge évalue si les séquences du galop sont maintenues alors que le cheval tourne, foulée après foulée, dans la pirouette en maintenant sa nuque au point le plus haut ».

 

 

Selon Marietta Almasy, juge internationale 4*, « on obtient un 10 pour une pirouette au galop lorsque le cheval présente une très bonne qualité de galop (bon rythme, postérieurs actifs, bonne liberté d’épaule), un bon abaissement des hanches avec une certaine souplesse, le bon nombre de foulées (entre 6 et 8), une bonne taille c’est à dire quasiment sur place, une bonne entrée et sortie en terme de rectitude ».

 

La mobilité des épaules est essentielle pour aborder la pirouette. A tout moment, le cavalier doit être capable de freiner les épaules ou au contraire d’accélérer leur rotation, ajoutant ou déduisant des foulées à la pirouette. Pour s’assurer d’être pleinement au contrôle de celle ci, le cavalier doit pouvoir à sa guise en élargir ou en diminuer la taille et demander plus ou moins d’angle. Par exemple, dans la pirouette à gauche, le cheval est fléchi et incurvé à gauche, les deux mains emmenant les épaules dans cette direction. Cependant, le cavalier doit pouvoir à tout moment limiter le déplacement des épaules voire même ramener les épaules vers la droite en maintenant la flexion à gauche. En contrôlant le trajet parcouru par les épaules, le cavalier agrandit la pirouette.

 

Le respect des aides 

 

Afin de s’assurer de l’attention du cheval aux aides, le cavalier doit constamment tester sa réactivité. Rien ne sert de répéter inlassablement la même pirouette, il est plus constructif de monter quelques foulées de hanches en dedans sur un cercle puis de vérifier l’efficacité des aides intérieures en repoussant les hanches vers l’extérieur. Ainsi, le cavalier s’assure de l’attention portée à la jambe intérieure dans la pirouette : le cheval doit céder sur cette demande en se décalant vers l’extérieur du cercle. Lorsque le cavalier remet sa rêne et sa jambe extérieures, le retour à la hanche en dedans doit être immédiat. Il faut vérifier régulièrement l’instantanéité de la réaction à ces différentes aides.

 

Comme dans le reste de l’entrainement, la jambe doit intervenir de manière ponctuelle et ne jamais étouffer le cheval. Il est inutile que la jambe extérieure soit fermée en arrière du début à la fin de la pirouette. La réaction sera plus instantanée et plus nette si celle ci intervient de manière ponctuelle et vive que si elle se colle durant l’intégralité de la pirouette. Dans le cas contraire, le cheval risque de moins réagir ou pire de se coller à la jambe, diminuant la qualité de l’exécution.

 

 

Enseigner et préparer la pirouette

 

Avant tout, le cheval doit être capable de multiplier avec fluidité les transitions à l’intérieur du galop en maitrisant toutes les gammes de l’allure : allongé, moyen, de travail, rassemblé. Pour améliorer le rythme du galop en amont de la pirouette, multipliez les petites voltes parsemées de transitions ‘avancer/revenir’.

 

La tête au mur est l’une des clés les plus utiles à la préparation de la pirouette. Sur la piste, sur la diagonale et sur le cercle, en variant l’angle et la flexion, toutes les déclinaisons sont bonnes pour introduire et approfondir calmement l’exercice.

 

Le cavalier peut débuter par la pirouette au pas avant de l’aborder au galop en s’assurant de pouvoir tourner plus ou moins large en marchant plus ou moins vite. Marietta Almasy recommande d’alterner le pas et le galop dans une même pirouette. Une fois installé dans l’exercice au pas, le cavalier augmente l’activité du cheval jusqu’à demander une foulée de galop en maintenant la trajectoire de la pirouette. Au départ, il se contentera d’une foulée de pirouette au galop avant de récompenser le cheval. Au fur et à mesure, la pirouette au pas pourra se transformer en pirouette au galop, rajoutant progressivement des foulées supplémentaires. Afin de garantir le contrôle total de l’exercice, la pirouette au galop peut, elle, se transformer en pirouette au pas en maintenant la même rotation.

 

En enchainant appuyer et cession à la jambe, vous construirez en douceur le respect de vos aides. Montez quelques mètres d’un grand appuyer à gauche puis repartez vers la piste en cession à la jambe gauche. Reprenez votre appuyer et ainsi de suite. Veillez à maintenir les épaules devant les hanches dans les deux figures. Déclinez cet exercice sur le cercle : maintenez la flexion à gauche puis alternez entre hanches dedans et hanches dehors.

 

Au galop, montez un long appuyer sur la diagonale en exigeant que les épaules précèdent nettement les hanches. Installez l’exercice sur quelques mètres puis tournez sur un demi cercle en maintenant l’angle et l’incurvation de l’appuyer. Reprenez votre appuyer dans la direction opposée.

 

Si le cheval à tendance à tourner trop vite, à perdre de l’activité ou de la mise en main vous trouverez le quart de pirouette très utile. Dessinez un carré et demandez ¼ de pirouette dans chaque coin. Les côtés du carré vous permettent de retrouver le bon galop, la rectitude (le cheval légèrement en épaule en avant) et la qualité du contact. Vous rendez l’exercice plus accessible au cheval en ne lui demandant que deux foulées de pirouette. Il s’agit de déplacer les épaules d’un quart de tour seulement sans décourager le cheval avec un effort trop soutenu et en évitant toute anticipation.

 

Carl Hester utilise un intéressant enchainement de pirouette et de pirouette renversée dont il a fait une démonstration lors du JBK Odense Horse Show en 2014. Sur la ligne du milieu en L, Valegro exécute la pirouette à gauche du Grand Prix puis immédiatement une pirouette renversée, le cheval décrivant un petit cercle avec les antérieurs alors que ses postérieurs dessinent un cercle plus grand autour de ceux-ci. Le cheval maintient l’incurvation à gauche soit à l’extérieur du cercle. L’exercice force les postérieurs à adopter une plus grande amplitude. Plus de poids est mis sur l’avant main, libérant l’arrière main pour mieux la mobiliser, obligeant une plus importante mobilité des postérieurs et de la ligne lombaire afin d’assouplir le cheval. Carl Hester insiste sur le fait qu’il faut terminer le travail de pirouette sur un exercice facile : après avoir demandé un effort maximal dans une très petite pirouette, il est sage de la ré agrandir pour ne pas laisser au cheval une impression de difficulté ou d’échec mais un sentiment de confiance et de réussite.

 

 

 

 

Les problèmes rencontrés

 

Pour éviter de prendre du poids sur les hanches, votre cheval va chercher à tourner trop vite. Si vous avez respecté toutes les étapes de l’apprentissage, vous n’aurez qu’à intervenir avec votre rêne et votre jambe intérieures pour freiner le mouvement latéral. Sinon, il n’est pas trop tard pour bien faire et avant que votre cheval ne prenne de mauvaises habitudes, revenez à l’étape précédente : le cheval doit céder sur la jambe intérieure en se décalant vers l’extérieur.

 

Le cheval serre trop la pirouette et a les postérieurs joints. Il doit apprendre à maintenir le mouvement en avant dans la pirouette en continuant de couvrir du terrain avec le postérieur interne. Mettez la pirouette de côté et montez une tête au mur sur un très large cercle ou sur la diagonale pour encourager votre cheval à décaler d’avantage ses postérieurs.

 

 

« J’ai attribué des 10 à des pirouettes de Totilas avec Edward Gal ou Valegro avec Charlotte Dujardin » (Marietta Almasy)

 

 

Rome ne s’est pas faite en un jour et la pirouette ne s’enseigne pas d’un bloc en une séance. « Tous les chevaux ne sont pas prêts à débuter les pirouettes au même âge. Avec certains, on peut commencer les hanches en dedans vers six ans en s’efforçant essentiellement de préserver la qualité du galop », insiste Marietta Almasy. N’oubliez jamais de féliciter votre cheval à chaque bonne foulée dans son apprentissage. Caresses, sucres et pauses lui permettront d’aborder cet exercice complexe avec sérénité et enthousiasme. La pirouette requiert une excellente préparation physique et mentale du cheval mais aussi une réelle précision de la part du cavalier. Vous devez manifester votre satisfaction lorsque votre partenaire répond correctement à vos exigences en associant l’exercice bien exécuté à la récompense.

 

 

Ghislain Fouarge souligne les points positifs auquel le juge va prêter attention dans la pirouette :

 

  • le rythme reste clair, il peut imperceptiblement se ralentir mais doit se maintenir équivalent au galop rassemblé
  • la flexion et l’incurvation à l’intérieur sont visibles avec le chanfrein légèrement devant la verticale
  • le cheval plie ses hanches et fléchit les articulations de ses postérieurs, prenant du poids sur l’arrière main en abaissant la croupe, démontrant ainsi une nette tendance montante
  • la taille est contrôlée et le rayon de la longueur du cheval
  • la pirouette est à la lettre, le cheval reste droit dans la préparation
  • la pirouette compte entre six et huit foulées, le postérieur externe se déplaçant vers l’avant sous la masse du cheval sans chercher à s’écarter, l’antérieur et le postérieur gauche ne frappant pas le sol simultanément

 

Fouarge propose une évaluation de la pirouette et des éventuelles fautes :

 

  • pour un 9 ou un 10 la pirouette doit être quasiment sur place
  • une pirouette d’un mètre de diamètre est acceptable mais au delà de cette taille elle ne pourra être considérée de bonne qualité ; au delà de deux mètres < 5
  • le nombre de foulées est essentiel et doit absolument être attentivement compté ; en deca du nombre minimum de foulées < 6
  • altération de l’attitude avec un cheval venant au dessus de la main < 5
  • tendance à vouloir reculer dans la pirouette < 5
  • faute dans les postérieurs ou changement de pied < 4
  • perte du galop une foulée < 4 mais s’il perd l’allure plus longtemps < 3
  • postérieurs joints : une foulée recevra un 5 mais plusieurs foulées verront la note baisser d’avantage
  • les hanches passent devant les épaules dans la préparation de la pirouette, la rectitude est dégradée, un point au minimum sera déduit
  • le cheval perd le galop dans la préparation mais le retrouve immédiatement pour la pirouette, un point au minimum sera déduit
  • si le cheval tourne une foulée de trop et dépasse la ligne initiale de sortie de la pirouette, vous serez également sanctionné pour ce manque de contrôle
  • la préparation du galop rassemblé avant la pirouette ne devrait pas durer plus de deux à trois foulées
  • dans le Saint Georges, si le cheval change de pied avant le coin la faute devrait être prise en compte dans le galop à faux et non la pirouette pour ne pas sanctionner excessivement le cavalier en pénalisant la pirouette coefficient 2

 

 

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