Technique Dressage : en avant pour un reculer dans l’impulsion

Reflet de l’assentiment du cheval aux aides, le reculer est une pièce maitresse du dressage parfois maladroitement négligé. L’exercice fait appel à l’adresse du cavalier dont le dosage main/jambe doit être irréprochable. S’il permet d’éprouver la maniabilité de votre coéquipier, le reculer est également un outil profitable à sa gymnastique. 

Le reculer fait son apparition en compétition de dressage dès la reprise Amateur 3 Grand Prix et sur le circuit SHF à l’âge de cinq ans. Accessible à tous les chevaux quelle que soit leur qualité d’allure et aux cavaliers dont les aides sont aussi régulées qu’indépendantes, il requiert néanmoins de la méthode et de la reflexion.

La définition de la Fédération Française d’Équitation

« Le reculer est à la fois un assouplissement et un mouvement de présentation qui consiste en un déplacement vers l’arrière et diagonal. Chaque diagonal s’élève et revient au sol alternativement, les antérieurs se posant sur la même piste que les postérieurs ». Le règlement de la Fédération Équestre Internationale précise que le reculer est un déplacement en deux temps sans moment de suspension. Alternativement, le diagonal droit (antérieur droit + postérieur gauche) puis le diagonal gauche (antérieur gauche + postérieur droit) se lève et se repose du même pas. Antérieurs et postérieurs sont alignés sur un axe similaire. Le désir de se porter vers l’avant est primordial tout au long du reculer. 

 

Le reculer parfait

L’arrêt est carré. Le cheval patiente, attendant les instructions du cavalier. Il recule de manière diagonalisée, ses pas sont réguliers tant en amplitude qu’en impulsion. Son départ vers l’avant est instantané tout en maintenant l’engagement des postérieurs. Ni son attitude ni son contact ne sont altérés durant l’exercice. Il reste moelleux dans la main, chanfrein à la verticale et nuque le point le plus haut. 

Fondamentaux du reculer selon la FFE : 

Les pas diagonaux
La régularité, la décontraction, la souplesse, le contact
La fluidité des transitions : arrêt-reculer, reculer-avancer
L’acceptation des aides du cavalier
Le rassembler, le soutien et l’équilibre
La rectitude, la précision, le nombre de pas ou posers
L’arrêt d’aplomb, l’immobilité

« Le cheval doit être ‘sur la main’, conserver son impulsion et rester droit. Après le reculer, le cheval doit s’arrêter d’aplomb ou repartir franchement dans l’allure requise, pas, trot ou galop ».

Les vertus du reculer

Un bon reculer met à l’épreuve l’efficacité de la parade (voir Technique Dressage n° ?) et la capacité du cheval à se rassembler. Selon l’explication de Sophie Baker sur le site www.fei.org, la parade comme le reculer combinent les aides propulsives et celles de retenue, l’objectif étant d’améliorer l’engagement, la connexion et la puissance. Bien exécuté, le reculer encourage le cheval à basculer du poids sur les hanches. La croupe s’abaisse, améliorant la flexibilité de son arrière main. On dit alors qu’il vient « s’asseoir », fléchissant son rein en engageant d’avantage ses postérieurs. Paradoxe du reculer, l’envie de se porter vers l’avant doit être conservée dans le mouvement vers l’arrière. Pourtant l’amalgame entre rétrograder et ralentir est vite fait. Le cheval doit être actif vers l’arrière, trainer les pieds étant hors de question.

Le mot de la FFE

« Le reculer démontre la perméabilité aux aides et teste le rassembler du cheval dans les transitions arrêt-reculer’ ».

Seul un cheval affuté sur des aides ponctuelles et précises parviendra à reculer correctement. Schématisé grossièrement, le reculer teste simultanément les fonctions « frein » et « accélérateur ». Le code pour initier l’exercice associe conjointement une action de mains et de jambes. Les mollets se ferment au contact des flancs en se reculant sobrement. En aucun cas le cavalier ne se couche en arrière. Au contraire, il soulage le dos du cheval en allégeant son poids du corps tout en restant droit dans la colonne vertébrale. Ses doigts sont fermés sur les rênes, sans tirer, empêchant le départ au pas. L’idée est de fermer la porte avant. Le contact reste moelleux.  À chaque reflux, il relâche mains et jambes. Une main trop dure risque de provoquer une attitude enfermée et d’affecter considérablement l’impulsion. Une fois le mouvement enclenché, le cavalier réitère sa demande pas à pas plutôt que de se cramponner aux rênes, talons vissés dans le ventre. Une action renouvelée à chaque foulée déjouera la tendance du cheval à se coller aux aides. Pour repartir vers l’avant, les jambes reviennent à leur position habituelle à la sangle et la porte de sortie vers l’avant se rouvre doucement sans que le contact ne soit totalement rompu. Les départs sont d’abord progressifs pour devenir de plus en plus immédiats avec l’entrainement. Prolonger les bienfaits du reculer en débutant dans une allure rassemblée – petites foulées, postérieurs actifs et engagés – permettra de faire perdurer l’équilibre montant. 

L’apprentissage à pied

Le travail à pied peut servir de première étape dans l’apprentissage du reculer. Le poulain en cours de débourrage doit apprendre à faire machine arrière, notamment pour  respecter votre espace. Les bénéfices d’un jeune cheval à l’écoute, qui s’adapte à votre rythme, ne vous dépasse pas, attend votre signal sont décisifs pour la suite de son éducation. Un cheval malléable et mobile est plus facile à manipuler, à positionner, plus attentif à votre langage corporel. En vous plaçant avec prudence devant son épaule, appuyez sur son poitrail pour provoquer le mouvement de recul. S’il est à l’aise avec la badine, servez-vous de la poignée pour le guider en ce sens. Faites un pas vers lui en guise d’exemple. Assimilez la voix aux actes. L’indication « recule » deviendra rapidement familière. N’oubliez pas de le récompenser à chaque mouvement de retrait. Prenez le temps de mettre en place cet élément déclencheur chez le cheval débutant et vous aurez un outil de plus dans votre boite une fois en selle. Une personne à pied pourra vous assister en appliquant la même technique, invoquant le souvenir de l’exercice initial. Adjoignez les aides du reculer et après quelques patientes répétitions votre partenaire finira par comprendre votre signal isolé. 

Le reculer, une transition parmi les autres

Le reculer ne doit pas devenir systématique. La priorité : lutter contre l’anticipation. L’état d’esprit du cheval doit à tout prix rester vers l’avant. Pour cette raison, il est indispensable d’exiger l’immobilité durant au moins une paire de secondes avant d’envisager la marche arrière. Arrêt et reculer doivent rester parfaitement dissociés. La multiplication de transitions diversifiées oeuvre en ce sens. Depuis le trot, demandez tour à tour des transitions vers l’arrêt simple, l’arrêt reculer d’un pas, l’arrêt reculer de quatre pas et caetera. Le cheval reste en alerte, en avant, attentif à chaque demande et préparé à toutes les possibilités. Cette variabilité permet à force d’obtenir une réaction plus instantanée. 

 

Le « Schaukel » allemand 

Dans l’ancienne version du Grand Prix, le reculer apparaissait sous forme d’accordéon. La traduction littérale du terme Schaukel en français est « balançoire », illustrant un mouvement interrompu d’avant en arrière. Il s’agit ici de répéter successivement deux reculers à pas comptés. L’enchainement est le suivant : trot ; arrêt ; reculer de quatre pas ; quatre pas en avant ; reculer de six pas ; trot. En réalité, le seul arrêt immobile est le tout premier puisque par la suite le cheval passe du pas au reculer sans se figer.

Le mot de la FFE

Lors de reculer « en série », les transitions doivent être fluides et le rythme du reculer et du pas clairement corrects. 

Les difficultés fréquemment rencontrées

  • L’arrêt pas d’aplomb. Un arrêt carré est une condition sine qua non pour un reculer réussi. En amont, le cheval doit être rassemblé, dans une rectitude parfaite et un équilibre montant. Effectivement, si un postérieur traine les risques d’irrégularité ou de latéralisation augmentent.
  • Le reculer traversé. De manière générale, le cheval tente d’échapper à la rectitude qui lui impose d’avantage d’engagement de l’arrière main. Les options pour éviter la ligne droite sont nombreuses, compliquant un peu plus la tâche du cavalier. Il peut se tordre de tout son long ou laisser trainer un postérieur sur le côté. Ce défaut vient parfois de l’humain agissant de façon asymétrique. Si le cheval balance les épaules à gauche, rien ne sert de tirer à droite pour le redresser. Le poitrail à souvent tendance à s’échapper du côté inverse à la flexion. Au contraire, l’encadrement de la rêne gauche rectifiera le problème. Plutôt que d’appliquer des aides excessives pour canaliser le cheval, l’aide du pare botte peut palier le manque d’alignement. Si le cheval recule en écartant les deux postérieurs, concentrez-vous sur le postérieur interne, le mur se chargera d’aiguiller l’externe. 
  • Les sabots qui trainent. Au lieu de soulever les pieds à chaque pas, le cheval lambine. Ce manque de volonté est souvent le fruit d’une main trop rigide. Pour ne pas forcer le reculer, la demande doit être itérative. L’aide d’une personne à pied est fortement recommandée. Ne forcez pas le reculer, renouvelez vos aides et faites appel à l’aide d’une personne à pied. Une multitude de transitions entre et à l’intérieur de l’allure amélioreront au préalable la réactivité globale.
  • Le reculer précipité. Accélérer la marche arrière permet au cheval d’éviter la prise de poids sur les hanches. Il se soustrait ainsi à l’effort de rassemblé. Pour corriger cette manie, limitez le reculer à un pas avant d’arrêter à nouveau le cheval. N’ajoutez un second pas que si le contrôle de la vitesse est total. 
  • Latéralisation du reculer. Perdre la diagonalisation est une faute fréquente et très pénalisante. Au lieu de reculer diagonal droit puis diagonal gauche, le cheval recule latéral droit (antérieur droit + postérieur droit) puis latéral gauche (antérieur gauche + postérieur gauche). Le but est de décomposer suffisamment le mouvement en modifiant l’activité et l’amplitude pour retrouver le bon rythme. 
  • Infidélité à la main. Le cheval résiste contre la main, s’appuie vers le bas et vers l’avant ou donne des coups de tête. Au contraire, il lâche le contact, se réfugiant nez dans le poitrail, chanfrein en deçà de la verticale. Il ne suffit pas de répéter le reculer pour améliorer la mise en main. C’est grâce à l’ensemble de la gymnastique que le cheval va perfectionner connexion et perméabilité. 

Le reculer est à utiliser avec parcimonie. S’il est utile de l’approfondir, en abuser risque de de nuire à l’état d’esprit « vers l’avant ». Si votre cheval anticipe ou s’inquiète, changez d’exercice pour y revenir ultérieurement. C’est une manoeuvre difficile qui demande patience et persévérance. Elle ne doit sous aucun prétexte être utilisée comme punition. 

Retrouvez chaque mois les Technique Dressage de Camille Judet Cheret dans Grand Prix Magazine.

2 Comments
  • Mahy Laurence
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    C’est très très intéressant, je suis avec mon cheval à un stade avancé mais où la rechercher de la justesse me permettra d’affiner mon travail

    14 avril 2020at7 h 31 min

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