Soigner les passages de coin

On ne pourra jamais assez le répéter : en dressage TOUT compte. Quel que soit le niveau d’épreuve, pour être performant il faut s’appliquer à monter chaque foulée. S’il n’existe pas de note expressément consacrée aux passages de coin, ni d’ailleurs aux petits côtés, l’évaluation de leur exécution est pourtant implicitement intégrée à la notation de l’exercice suivant ou précédent. Par conséquent, leur impact est à prendre en compte et leur réalisation à ne surtout pas négliger. Naturellement, le cheval a tendance à se coucher dans les coins, l’équilibre basculant sur les épaules. La position d’Annick Dauban est sans appel : « les coins, il faut avoir envie d’y rester ». La juge internationale 3* nous explique l’importance de soigner les passages de coin. 

« Le passage d’un coin correspond à une portion de cercle » explique Annick Dauban. « Suivant le niveau, le diamètre de ce cercle varie. Dans la reprise amateur 3, il s’agit d’une portion de cercle avec un point de tangence avant le coin d’environ cinq ou six mètre et un autre point de tangence après le cercle de dimension identique. Un quatre ans et un cheval de Grand Prix n’abordent pas ce cercle de la même façon ». Evidemment, les premiers niveaux de compétition pour les chevaux de trois ou quatre ans ont des exigences limitées en la matière. Si le contrôle de la trajectoire est déjà évalué, les attentes sont néanmoins raisonnables et les jugent tolèrent une certaine approximation dans le passage des coins. La présentation se limite à une alternance entre grands cercles et lignes droites. Cependant, plus le niveau technique de la reprise augmente, plus le tracé devient précis et plus la carrière de vingt mètre sur soixante semble petite. « Le juge doit regarder consciencieusement le découpage de reprise. L’évaluation du coin est intégrée à un autre mouvement, celui qui précède ou celui qui suit », précise Annick. Alors que le jeune cheval avait le loisir de réaliser de larges courbes, le cheval plus dressé doit y enchainer des mouvements de plus en plus rapprochés alors même qu’il gagne en amplitude et en impulsion. La notion de « préparation » prend ici tout son sens. « Bien gérer son coin permet de préparer le mouvement suivant : prise de diagonale, volte, épaule en dedans… ». Il ne suffit plus de savoir réaliser un exercice mais plutôt de l’aborder correctement. Rien ne sert de demander un appuyer si le passage du coin n’a pas été soigné.. La faute susceptible de se glisser dans un exercice est souvent prévisible en amont, décelable dès l’abord de la figure. Le problème vient souvent d’un coin mal contrôlé. La qualité de l’exécution réside dans celle de l’anticipation, d’où l’importance des petits côtés. Passer correctement le coin, c’est la garantie d’un cheval en équilibre, incurvé, dans les aides. Un petit côté optimisé devrait assurer suffisamment de rassemblé, d’impulsion et de connexion pour entrer dans la figure suivante avec sérénité. 

Les deux coins présentent l’occasion d’une demi-parade remettant le cheval sur les hanches tout en le canalisant autour de la jambe intérieure avec le contrôle de la rêne extérieure. Le petit côté permet d’insister sur l’activité, l’engagement et l’expression durant quelques mètres. Alors que son équilibre est montant suite au passage de coin, profitez-en pour remettre le cheval en avant et démontrer son aisance dans l’allure. Ce moment de répit, sans exercice, offre l’opportunité d’améliorer le contact, la connexion, la qualité du pas, trot ou galop. C’est l’occasion de montrer que tout à l’air facile, que votre cheval évolue avec aisance, que votre position est raffinée. On constate d’ailleurs que plus le niveau est élevé mieux les coins sont exécutés. Si vous observez les meilleurs cavaliers mondiaux, il semble que leur chevaux tournent quasiment à quatre vingt dix degrés, épousant parfaitement l’angle de la lice. Un coin réussi est la démonstration d’un cheval parfaitement incurvé, du toupet à la queue et tout à fait en équilibre. On recherche donc la rectitude du cheval par rapport à la courbe, un cheval qui épouse la ligne dessinée par la piste, ni trop fléchi ni les hanches qui dérapent. Il ne doit en aucun cas tourner comme un paquebot, en restant droit. Au contraire, il doit s’infléchir autour de votre jambe intérieure sans que les postérieurs n’échappent de sous la masse. Annick Dauban rappelle qu’il « ne faut pas chercher à coller à la lice, mettant la tête à l’extérieur. Il faut s’intéresser à l’incurvation. Le cheval doit sortir du coin dans la bonne flexion ». La cadence et le contact restent parfaitement identiques dans le coin et en ligne droite. Le temps de suspension est maintenu à la manière d’un métronome et la position de la nuque reste inchangée. « Passer les coins correctement permet de ne détériorer ni l’allure ni le mouvement en avant. Attention, cela risque d’être le cas si vous entrez trop dans le coin, si votre demande n’est pas en adéquation avec le niveau du cheval ». Veillez à ne pas vous enfoncer dans le coin de manière excessive si cela met en péril le rythme de l’allure ou la mise en main. « Faire le coin ne doit en aucun cas casser l’allure », insiste la juge.

Bien monter son coin donne plus de temps pour aborder l’exercice. Les juges doivent accorder de l’importance à la qualité du passage de coin sans pour autant exiger d’entrer excessivement dans le coin. Ce n’est pas non plus l’objectif ». Le cavalier, lui, doit être sensibilisés à l’importance du passage de coin. Veillez à ne pas gâcher cette opportunité de préparer le mouvement suivant tout en assurant plus de fluidité à votre reprise. Les chevaux sont souvent plus faciles, plus souples d’un côté que de l’autre. Votre travail va consister à perfectionner la symétrie, améliorant la flexibilité jusqu’à obtenir le même contact sur les deux rênes et ainsi des tournants fluides aux deux mains. On observe fréquemment des coins contre fléchis ou clairement esquivés. Passer les coins correctement est un apprentissage de longue haleine. C’est une étape obligatoire à laquelle il faut consacrer le temps nécessaire. « Des  transitions au pas avant et/ou après le coin peuvent aider à gérer la vitesse et l’équilibre », suggère Annick. Répétez cet exercice intégrant la transition autant de fois que nécessaire. Abordez le coin au trot, marchez au pas quelques foulées dans le coin, repartez au trot en sortie. Progressivement, diminuez les foulées de pas pour finalement les éliminer totalement. Chacune des foulées doit être supervisée. À chaque pas, le cavalier doit se demander si sa position est bonne, si le cheval est en ligne, s’il contrôle l’attitude et la vitesse. C’est une « check list » à remettre à jour à chaque instant. S’il estime que quelque chose manque, il doit intervenir de manière appropriée. Vos épaules doivent rester parallèles à celles du cheval, pensez à tourner votre buste dans le sens de la marche. La jambe intérieure reste descendue et à la sangle. La jambe extérieure reste légèrement reculée pour contenir les hanches. Si le coin permet de préparer l’exercice qui suit, un coin lui aussi se prépare. Assurez-vous d’obtenir une légère flexion intérieure à l’abord du coin, pensez à arquer votre cheval autour de la jambe intérieure tout en maintenant les hanches avec la jambe extérieur afin d’éviter un quelconque dérapage. Le contact de la rêne extérieure vous aidera à maintenir l’équilibre et à soigner la sortie du coin afin d’assurer un retour à la ligne droite fluide. Il peut s’avérer utile d’ajouter ponctuellement un cercle de dix mètres à vos coins afin de peaufiner le tournant. « Faites un cercle d’une douzaine de mètre pour bien ressentir l’incurvation. Raccourcissez progressivement la volte pour reproduire cette sensation sur la portion de cercle que représente le coin ». 

No Comments

Post a Comment