Technique Dressage : de l’importance des transitions

Article par Camille Judet Chéret paru dans Grand Prix Magazine en 2016

 

 

Les transitions entre puis à l’intérieur des allures constituent l’essence même du dressage, la base de l’entrainement d’un cheval de sport. Dès les prémices de l’apprentissage, elles sont la clé ouvrant les portes d’accès aux niveaux supérieurs. La transition est la toute première leçon d’éducation chez le cheval. Elle est incontournable dans toutes les disciplines équestres dès lors que l’on prévoit de quitter le montoir en début de séance puis de descendre de cheval en fin de travail. 

 

 

Une séance d’entrainement se résume en grande partie à la multiplication de transitions entre l’arrêt, le pas, le trot et le galop. Simples en apparence, ces transitions exigent pourtant une concentration assidue de la part du cheval afin de répondre avec un maximum de précision aux aides. En réalité, elles sont une façon pour le cavalier de rester au contrôle, en sécurité. Elles permettent de vérifier le bon fonctionnement du « frein », les mains et de « l’accélérateur », les jambes.

 

Les transitions sont le meilleur moyen d’améliorer l’équilibre du cheval. A l’intérieur de l’allure, elles  engendrent un changement d’amplitude. Entre les allures, elles impliquent un changement de rythme. Par exemple, dans une transition du trot vers le pas le cheval passe d’une allure à deux temps à une allure à quatre temps. Au contraire, le rythme reste inchangé entre le trot rassemblé et le trot allongé, c’est l’amplitude qui varie. L’activité, qui se caractérise par l’énergie produite par le cheval dans ses déplacements, demeure sensiblement identique. Accomplir une transition ne devrait engager aucun ralentissement ni aucune accélération. C’est là que réside la difficulté principale. Une perte d’activité dans la transition descendante ou une précipitation dans la transition montante impliquerait d’accéder à une allure incontrôlée voire même défaillante.

 

Se servir de son corps dans la transition

 

Il est indispensable de se servir de l’intégralité de son corps afin de produire une bonne transition. Descendante, elle résulte moins d’une action de main que de la tenue du buste, de la ceinture abdominale et des genoux. Le relâchement total des jambes et l’immobilisation du bassin encourageront simultanément le changement d’allure. La respiration elle aussi joue un rôle central. Une grande inspiration incite le cavalier à se grandir, équilibrant ainsi son cheval. Une fois la transition obtenue avec succès, relaxation et expiration invitent instantanément à la décontraction et à l’impulsion dans la nouvelle allure.

 

Avant le départ dans l’allure supérieure, le cavalier doit être intransigeant avec sa position. En restant maitre de son corps, il reste au contrôle de son cheval. Ne pas tirer, ne pas lâcher, rester stable en garantie de l’équilibre du couple. En insufflant une dose suffisante d’activité et en basculant le poids sur les hanches, le cavalier provoque la projection dans une allure convenable. Le cavalier tend à être rejeté vers l’arrière dans les transitions montantes. Surpris par le mouvement du cheval, son buste agit paradoxalement comme un frein. L’anticipation permet de palier à cette tendance en encourageant la mise en avant. Dans les transitions descendantes, le cavalier peut se voir projeter vers l’avant si le cheval pile en perdant de l’activité. Cela risquerait de fragiliser la tendance montante de l’équilibre. Au contraire, il peut être tenter de se coucher en arrière, tirant sur les rênes dans l’espoir de freiner son cheval. Evidemment, cela serait une erreur qui nuirait à l’impulsion pourtant nécessaire à la réalisation d’une transition de qualité. Avec un cheval novice, le cavalier devra être irréprochable pour espérer obtenir des transitions de qualité c’est à dire dans le mouvement en avant avec fidélité à la main. Au départ, le cercle sera un atout précieux permettant de gagner en fluidité. Contact, incurvation et équilibre seront plus aisément préservés.

 

Dans le départ au galop du trot, il arrive que le cheval interprète mal les aides, se décalant en tête au mur suite à une forte baisse d’impulsion. Le cavalier a soigné la flexion intérieure et décalé clairement sa jambe extérieure. Pourtant, l’incompréhension est à son comble et la transition insatisfaisante voire inexistante. De fait, cela ne correspond qu’à une partie des aides du départ au galop. La rêne extérieure doit être maintenue afin de garantir la rectitude. Elle agit comme rempart empêchant l’encolure et les épaules de se déporter vers l’extérieur. La jambe droite, élément déclencheur, indique la volonté de partir au galop mais la jambe intérieure est chargée de veiller à l’impulsion vers l’avant plutôt que vers l’intérieur. Afin de permettre un départ franc, le rapport à la bouche doit être moelleux. Cependant, le maintien du contact est essentiel afin que le cheval reste franchi. Dans les transitions montantes, les chevaux ont tendance à remonter la nuque. Le cavalier, avant même d’envisager le départ, doit attendre que le cheval laisse tomber sa tête en s’arrondissant, qu’il fasse confiance à la main. Mieux vaut accepter une transition plus progressive ou la reporter de quelques mètres plutôt que de partir à tout prix, habituant le cheval à un départ contre la main. Au fur et à mesure, la difficulté pourra être augmentée en fixant une lettre pour la transition. L’exigence d’immédiateté et de franchise sera alors de mise mais dans un premier temps, l’essentiel est d’écouter son cheval et d’attendre le moment opportun.

 

 

 

Alterner action de main et de jambe

 

Le fait de dissocier l’usage des mains et des jambes consolide la clarté de la demande, prévenant toute hésitation de la part du cheval. C’est le fameux « mains sans jambes et jambes sans mains » de François Baucher. En effet, l’intervention simultanée d’indications contradictoires réduiraient notablement la réactivité du cheval aux aides. Les jambes pour avancer. Les mains pour revenir. Voici la référence de base qui prévaudra ensuite dans l’ensemble de l’entrainement. « Au fur et à mesure, l’usage de ces aides s’affinera. Ce qui n’est au début qu’une mise en place de règles brutes de vie commune deviendra au fur et à mesure un échange raffiné et subtile de discrètes informations entre deux partenaires », nous explique Isabelle Judet, juge internationale 5* et entraineur de dressage. Si votre cheval ne répond pas promptement aux jambes dans le départ, assurez vous que celles-ci ne soient pas étouffantes mais au contraire qu’elles agissent de manière ponctuelle et vibrante. Pensez au célèbre « kick and go » de la championne olympique Charlotte Dujardin. Sans réponse immédiate de la part de votre cheval, préférez émettre une nouvelle action de jambe que d’insister en gardant les éperons collés. Pour que le message de marche avant soit correctement interprété, vos mollets doivent être descendus lorsque vous n’avez pas d’intention précise d’accélérer. De la même manière, si vous êtes constamment en train de tirer sur les rênes, le cheval deviendra insensible à votre action de main lorsque vous en aurez réellement besoin.

 

 

Préparer plus et mieux 

 

Le cheval doit apprendre à attendre la transition, à en accepter la préparation, sans anticiper sur les intentions de son cavalier. La qualité du départ ne réside qu’en partie dans la précision, l’adéquation et l’efficacité des aides. Plus précisément, la réussite d’une transition montante dépend de sa préparation en amont, c’est à dire de l’activité des postérieurs et de la réactivité du cheval à l’approche de la demande. Par exemple, si le pas manque d’activité et la mise en main de perméabilité, les chances d’un départ au trot instantané seront limitées. Il faut avant tout éveiller la concentration du cheval afin qu’il traite les indications avec vivacité, s’acquittant d’une départ franc. Dans la transition descendante, le cheval doit progressivement réduire la taille de ses foulées tout en continuant d’être actif. Il doit attendre le signal de son cavalier pour effectivement changer d’allure.

 

Une transition ne se résume pas à la seule foulée d’une allure à l’autre. Elle s’étend sur plusieurs mètres, incluant la qualité des deux allures concernées. Ainsi, une transition galop-pas ne sera réussie que si le cheval galope quelques foulées sur place bien à trois temps sans perdre d’activité puis se pose dans un pas rassemblé décomposé à quatre temps. S’il passe nettement au pas depuis le galop de travail ou trottine dès la seconde foulée, l’exercice ne pourra recevoir une note optimale de la part des juges. Une transition se prépare en amont et doit être soignée jusqu’au bout.

 

Répétition et exigence sont les maitres mots d’une transition réussie. Nul ne doit se contenter d’un changement d’allure imparfait. Il faut recommencer, préparer d’avantage, être plus attentif et ne poursuivre la séance qu’une fois cet exercice parfaitement exécuté. En multipliant les transitions, le cavalier attise la vivacité de son cheval. Ce dernier se prend finalement au jeu : « que va t’on faire ensuite ? ». Une bonne transition, quels que soient l’âge et le niveau du cheval devrait toujours être récompensée. L’aisance du cheval dans l’accomplissement de choses simples participe à déterminer la qualité de son dressage. Changer de pied ou appuyer ne suffit pas. Jusqu’au Grand Prix, les transitions constituent une part considérable des mouvements comptabilisés au même titre que le passage ou les changements de pied aux deux temps. Raison de plus pour ne pas les négliger.

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