Technique Dressage : construire son texte de RLM

En dressage, à chaque niveau d’épreuve correspond une reprise libre en musique. Evaluée sur le succès de l’exécution technique ainsi que sur l’impression artistique, celle-ci doit être réfléchie avec sensibilité dans l’objectif de mettre en valeur le caractère et la qualité du cheval. Pour Alain Francqueville, juge international 4*, «la créativité du cavalier imaginant sa libre est encadrée par quatre limites : la liste des mouvements à présenter obligatoirement ; le temps imposé ; l’exigence de réussite de ce qu’il a prévu ; le respect de son cheval et de ses limites ». Explications sur la conception textuelle d’une reprise libre en musique.

 

Selon Alain Francqueville, «il faut garder à l’esprit qu’une libre doit conduire à l’émotion. C’est d’ailleurs cette dimension qui a permis son succès auprès des médias, sa diffusion sur les chaines de télévision et l’engouement du public notamment sur les réseaux sociaux. Il ne faut pas oublier que les libres ont initialement été créées malgré l’opposition des cavaliers et entraineurs ». Pourtant, la participation massive au circuit Coupe du Monde et le taux de fréquentation élevé des tribunes des libres sont des preuves vivantes de la popularité de cette épreuve. En 2014, le stade d’Ornano de Caen accueillant les Jeux Equestres Mondiaux affichait complet pour la finale. « Certaines libres ont réellement marqué notre époque. L’espagnol Juan Munoz Diaz et Fuego, le néerlandais Edward Gall sur Totilas et la britannique Charlotte Dujardin et Valegro ont activement participé à la promotion de la dimension artistique du dressage». A cette liste, Pierre Volla, membre de l’équipe de France au championnat d’Europe d’Aix-la-Chapelle ajoute évidemment la reprise d’Anky van Grunsven qui sous les couleurs des Pays-Bas est unanimement respectée comme la reine des libres. « J’aime tout particulièrement la reprise créée pour Salinero », précise Pierre.

 

La fluidité et l’impression de facilité sont les clés de la réussite d’une libre. « Le couple doit nous donner l’impression de performer une petite scène de ballet dont le juge serait le spectateur », nous confie Isabelle Judet, juge internationale 5*. Pierre Volla admet que le plus difficile est de consolider l’harmonie et la logique du tracé indispensables au récit de l’histoire. « Le challenge a été d’intégrer tous les mouvements et les difficultés souhaitées dans un timing imposé. J’ai inventé une première version qui malheureusement ne plaisait pas à mes entraineurs. Il a fallu reprendre le tracé à zéro pour ajouter des prises de risques. Evidemment, ce sont de nombreuses heures de travail en perspective lorsque l’on entreprend de créer une libre. Cela implique de multiples répétitions à cheval, sans la musique pour peaufiner le tracé puis avec pour maitriser parfaitement le texte en établissant des points de repères ».

 

« Comme une symphonie, j’apprécie un début de reprise vigoureux et une fin en crescendo me laissant une impression positive », reprend Isabelle. « Mettez-vous à la place du juge qui évalue des dizaines de couples par jour. A vous de le surprendre avec des temps forts, des exercices variés, des enchainements inédits qui captiveront son attention. Pensez à souligner votre chorégraphie avec une musique marquant les allongements, les transitions. Le risque est d’en faire trop et de rater sa première ou son ultime figure, ternissant ainsi l’image générale. N’allez pas jusque là». Pierre Volla accorde lui aussi énormément d’importance aux deux extrémités de la reprise. «Pour valoriser Badinda, il fallait attaquer par ses points forts : le passage, le piaffer et les appuyers. Elle est encore jeune, elle déborde d’énergie et son travail au galop n’est pas encore tout à fait calé. Les options pour le tracé étaient donc limitées. Les lignes de changements de pieds étant sensibles, il m’est impossible de prendre trop de risques et j’ai volontairement évité  lignes brisées et changements sur le cercle. Par contre, j’ai inclus une diagonale supplémentaire comme joker au cas où la première tentative venait à échouer. Finalement, c’est ma jument qui m’a dicté les difficultés qu’il était envisageable d’intégrer. Il est évident qu’il faut prendre des risques pour tenter de se mettre à la hauteur des meilleurs, c’est pourquoi à l’avenir, mon tracé pourra évoluer au rythme des progrès de Badinda ». Katrina Wüst, juge internationale 5* allemande, a proposé une réforme expérimentale de la libre qui devrait être testée au lendemain des Jeux Olympiques de Rio obligeant les cavaliers à fournir aux juges le tracé de leur reprise avant le début de l’épreuve. Cette initiative, jumelée à l’établissement d’une liste étalonnée des degrés de difficulté, vise à unifier et harmoniser le jugement tout en augmentant la subtilité de la compétition.

 

 

QUELQUES ASTUCES POUR CREER METHODIQUEMENT UNE BONNE LIBRE :

 

A l’aide du protocole, vérifiez les mouvements obligatoires, autorisés et interdits au niveau de reprise auquel vous comptez participer.

 

Estimez les points forts et faibles de votre cheval. Puisque vous êtes libre de choisir l’ordre des mouvements et de mélanger les allures, tournez le à votre avantage en tachant de répartir équitablement le travail au trot et au galop en évitant l’effet décousu. Pensez intelligemment l’enchainement des mouvements en cherchant à minimiser les défauts de votre cheval : un mauvais pas rassemblé devrait être présenté sur la ligne du milieu face aux juges ou sur le grand côté ; un appuyer basculé doit plutôt être effectué de dos ; un changement de pied flottant n’a pas intérêt à être présenté sur la ligne A/C.

 

Evaluez l’utilisation de l’espace dans son intégralité. Dessinez sur papier un rectangle de dressage en plaçant les lettres tout autour. Avec une couleur différente par allure, tracez votre chorégraphie. Assurez vous que l’ensemble de la surface soit occupé.

 

Filmez la reprise afin de visualiser le résultat, de vérifier le chronométrage puis de synchroniser la musique sur le tracé.

 

A l’usage, prenez en compte les appréciations des juges qui pourraient vous amener à modifier votre texte afin d’améliorer votre prestation voire même d’en augmenter les difficultés.

 

 

Les notes artistiques expliquées par Alain Francqueville

Chorégraphie. Utilisation de la piste. Créativité.

Composition.

Identification explicite d’un début qui attire l’attention sur le couple qui entre en piste, d’une fin qui porte le couple dans une sorte de « final », ainsi que d’une partie centrale équilibrée qui maintienne l’intérêt.

Les plus : la fluidité, la répartition équilibrée des mouvements imposés, la présence de temps forts.

Les risques : si l’agencement des mouvements est libre, on ne doit toutefois pas avoir l’impression de désordre ou d’improvisation.

 

Dessin.

Vérification de l’équilibre, de la clarté des lignes et des courbes et d’une bonne symétrie par rapport aux axes A/C et E/B.

Les plus : les lignes inhabituelles, la mise en valeur des mouvements les plus difficiles.

Les risques : un excès de symétrie laisserait deviner la suite or une libre ne doit pas ressembler à une reprise imposée.

 

Combinaison de mouvements.

Répétition aux deux mains de combinaisons participant à l’originalité de la prestation.

Les plus : des agencements originaux tels que galop allongé, demi pirouette au pas, trot allongé ou appuyer, piaffer, appuyer.

Les risques : tomber dans la banalité avec certaines combinaisons trop communes par exemple galop allongé, pirouette au galop.

 

Le degré de difficulté, calcul des risques 

Sont pris en compte dans le degré de difficulté les mouvements présentés et considérés difficiles dans le niveau.

Les plus : 

– certains mouvements : le changement de pied isolé sur le cercle, les appuyers plus ou moins serrés

– certaines transitions : passage/galop, galop/piaffer, trot/pas allongé, galop allongé/pas

– les combinaisons de mouvements

– les lignes utilisées comme les pistes intérieures : les épaules en dedans ou travers sur la ligne du milieu, les lignes de changements de pied sur une ligne courbe

– la concordance avec la musique

Les risques :

– le degré de difficulté ne peut apporter des points que s’il y a réussite des difficultés. Un mouvement présenté d’une manière difficile mais mal réalisé se verra accordé moins de points qu’un mouvement plus facile bien exécuté. Les juges ne poussent pas à la recherche du spectaculaire, mais au contraire encouragent la maitrise objective des bases de l’équitation classique au regard des six points de l’Echelle de Progression, de la définition des mouvements et de leurs fondamentaux. On considère qu’il faut au moins un 7 (assez bien) pour que le mouvement puisse apporter des points en difficulté.

– certains exercices sont interdits dans les libres. Généralement, ne sont autorisées que les difficultés présentes dans la plus complexe des reprises imposées du même niveau (dîtes Grand Prix en France). En cas de non respect de cette règle, la sanction est lourde : 0 pour le mouvement, 5 pour la chorégraphie et 5 pour le degré de difficulté. Même punition si un mouvement obligatoire manque.

 

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