Technique Dressage : l’extension d’encolure

En extension d’encolure, l’objectif est d’étirer l’intégralité de la ligne du dessus du cheval, du bout du nez à la pointe de la queue. Ainsi, sa colonne vertébrale se voit sollicitée dans son ensemble.  Familièrement appelée ‘stretching’, cette attitude présente une multitude d’avantages. Si elle favorise l’assouplissement, elle encourage en outre le renforcement de la musculature dorsale et la relaxation mentale du cheval. Bernadette Brune, membre de l’équipe allemande de dressage, nous livre ses conseils pour reproduire convenablement cet exercice fondamental.

 

 

Décliné aux trois allures, l’étirement de l’encolure vers le bas et l’avant permet de tester mais aussi d’améliorer l’équilibre du cheval. Réalisé correctement, il l’incite à remonter son dos créant ainsi un pont, un point de force facilitant le soutien du poids humain. « Il ne faut jamais oublier que notre partenaire est un animal à quatre membres. Nous lui mettons un cavalier d’environ soixante kilos sur le dos et lui demandons de montrer les mêmes allures qu’en liberté. Il est important de lui donner les moyens de trouver son équilibre dans une position peu contraignante ».

 

 

Avant d’entreprendre une extension d’encolure, assurez-vous que les conditions y soient favorables. Votre cheval est-il en équilibre ? Pour le savoir, Bernadette recommande d’avancer les mains. Votre cheval demande à descendre la tête sans accélérer ni mettre tout son poids vers l’avant ? Alors tous les feux sont au vert. « L’extension d’encolure est le résultat d’un dos bien détendu ou bien échauffé. C’est un outil mettant à l’épreuve la qualité de votre séance. Si le stretching est réussi c’est que vous avez au préalable travaillé dans le bon sens ». Attention, l’extension d’encolure est à employer avec extrême vigilance. « Veillez à ne pas confondre l’étirement avec un cheval qui bascule sur les épaules, le poids sur l’avant main. Même détendu, l’engagement et l’activité des postérieurs doivent rester intacts ». C’est là que réside à la fois la difficulté mais également la clé du succès du stretching. « S’il s’étire, le cheval ne doit pourtant pas s’aplatir horizontalement. Même le nez dans le sable, le point le plus haut de son corps demeure à tout moment le garrot. Le chanfrein reste devant la verticale, bout du nez en avant ». Trois indices démontrent que votre cheval fonctionne correctement à travers son dos. Tout d’abord, votre assise est confortable parce que ses muscles sont détendus et son dos souple. Ensuite, ses foulées sont déliées et ses pas légers car il vous porte d’avantage avec son dos qu’avec ses membres. Finalement, son encolure est musclée dès l’accroche du garrot.

 

 

 

 

 

 

Exécutée en ce sens, l’extension d’encolure affiche des vertus préventives. En effet, cet exercice de décontraction participe à limiter courbatures et raideurs. « En concours, il est indispensable d’employer le stretching en sortie de piste. Particulièrement sollicité durant les quelques minutes de la reprise, votre cheval mérite d’étendre ses muscles. Il n’en sera que plus en forme le lendemain ». Pratiquer soi même des étirements à pied aide à mieux appréhender la problématique équine.« Pour expérimenter les sensations de votre cheval, mettez vous debout et essayez avec vos mains de toucher le sol. C’est l’équivalent humain. Cela fait un bien fou ! » Patience, progressivité et répétition trouvent alors tout leur sens. « Dans la mesure du possible, je commence chaque séance par une extension d’encolure. D’abord au trot puis au galop. Il existe néanmoins des exceptions. Les jeunes chevaux, à trois ans notamment, trouvent plus facilement leur équilibre sur des rênes courtes, la nuque plus haute. Au fur et à mesure des années, on pourra petit à petit rallonger la longueur des rênes ». Si l’âge est un élément déterminant, la conformation physique de votre cheval peut également conditionner son aisance dans l’extension d’encolure. Les circonstances sont aussi à prendre en considération. À la maison, loin des distractions, il est possible que votre cheval s’adonne plus facilement à cet exercice. Un cavalier expérimenté peut parvenir à décontracter un cheval crispé par le biais de l’extension d’encolure. Néanmoins, selon votre expérience il peut s’avérer préférable d’échauffer un cheval anxieux sur des rênes plus courtes. « Pour les chevaux qui ont l’habitude d’être montés en extension d’encolure, on peut presque prendre les rênes à la boucle et avancer la main pour obtenir le maximum d’extension. Mais pour ceux qui l’apprennent ou qui sont un peu fougueux, il est plus sage de maintenir le contact sur les deux rênes et de rester en cercle ». De manière générale, les chevaux s’étirent plus aisément à chaud. Terminez chaque séance par une extension d’encolure. Soignez jusqu’à l’ultime transition au pas qui pourra être progressive afin de garantir le prolongement de l’étirement. Le stretching est également synonyme de récompense. « N’hésitez pas à l’employer systématiquement en cours de séance pour féliciter l’effort de votre cheval. Il comprendra qu’il a exécuté l’exercice avec succès et s’y prêtera à l’avenir avec enthousiasme ».

 

 

 

 

 

 

L’extension d’encolure fait partie des outils visant à perfectionner le rapport au mors. Il est indispensable de l’exécuter en maintenant du contact entre les mains et la bouche. La justesse de la connexion en amont détermine combien vous pouvez demander d’extension sans sacrifier la qualité de la mise en main. Le bon contact est celui que vous auriez en tenant un enfant par la main. Ni trop ni trop peu. Suffisamment pour le rassurer sans pour autant risquer de lui faire peur voire mal avec une fermeté inutile. Pousser le cheval dans son couloir de rênes devrait l’encourager à suivre le mors, étirant son encolure vers le bas et vers l’avant. Sans tout à fait rompre le contact, le cavalier peut alors céder, mollir dans ses mains, assouplir ses bras. « Pendant cet exercice le cavalier doit rester bien droit et ne pas tomber en avant. Le dos tendu aide à conserver les postérieurs du cheval engagés. Les bras peuvent se détendre afin d’accompagner la bouche du cheval vers le bas ». Les jambes doivent conjointement se fermer, invitant le cheval à produire d’avantage de propulsion. Le mouvement vers l’avant préviendra toute tendance à s’encapuchonner ou se creuser. Avant toute chose, il est nécessaire de vérifier la réaction positive aux jambes. Le désir de se porter vers l’avant doit rester immuable. L’activité des postérieurs crée une dynamique qui aiguillonne le cheval vers le contact. « L’idéal est d’évoluer sur le cercle. Vous pouvez utiliser le trot enlevé. Réduisez le trot de façon à ce que le cheval se détende. Poussez avec la jambe intérieure vers la rêne extérieure pour que le cheval s’incurve en relâchant la rêne intérieure. Dès qu’il met un peu de poids sur les rênes avec l’envie de laisser tomber sa nuque vers le bas, avancez un peu les mains vers sa bouche. Restez bien en arrière avec vos épaules et continuez à pousser avec les jambes pour que le cheval reste engagé. Pensez à changer régulièrement de main. Très vite le cheval comprend que cette gymnastique lui est agréable. Comme il recherche toujours son confort, il va vite se prendre au jeu ». 

À terme, il faudra être capable de modifier à souhait l’attitude de votre cheval. Alterner entre extension d’encolure et attitude dite de présentation (la nuque le point le plus haut) doit devenir ordinaire. Le stretching ne doit pas être exclusivement réservé à la détente ou à la récupération active. Au contraire, il peut être utilisé en cours de séance pour vérifier la qualité de la connexion, offrir à votre cheval un moment de détente, d’étirement, une récompense suite à un effort intense. À Bernadette de conclure que « le cavalier qui évolue avec un juste mélange d’extension d’encolure et de rassemblé récoltera les fruits de ce mariage. Son cheval sera élastique et bien dans son linge. Harmonie et optimisation des allures en découleront. Une fois le stretching bien maitrisé, essayez-vous à demander une extension d’encolure à l’intérieur d’un mouvement, épaule en dedans, appuyer ou galop à faux par exemple. Les figures de manège n’en deviendront que plus faciles ».

 

 

 

 

 

Quelques Conseils Pratiques

  • Dépliez votre cheval très progressivement. Quelques centimètres d’extension suffisent si vous craignez de voir le contact se rompre. Répétez souvent et ne rallongez vos rênes qu’au fur et à mesure que le cheval s’étend.
  • Méfiez-vous de la notion de légèreté. Le cheval ne doit en aucun cas lâcher le mors. C’est le cavalier qui cède dès lors que l’encolure se déplie. Le contact devient moelleux mais jamais absent.
  • Le bon contact est celui ou le cheval ne tire pas contre la main et ne s’enferme pas en dedans de la verticale. Le cavalier doit ressentir une tension positive sur les rênes.
  • Maintenez votre haut du corps gainé. Restez assis au dessus du centre de gravité du cheval, ni en avant ni en arrière afin de ne pas perturber son équilibre.
  • Gardez les mains basses et stables avec une tendance à aller vers le mors. Pour s’étendre, le cheval doit faire confiance à la main qui doit donc rester tranquille.

ENCADRÉ

Attention, il existe deux exercices distincts comme le précise schématiquement l’Echelle de Progression édictée par la Fédération Française d’Équitation. D’une part l’extension d’encolure telle qu’elle est exigée dans la reprise FEI équipe junior ou Amateur 1 Préliminaire. Le cavalier laisse filer les rênes, le cheval se dépliant vers l’avant et vers le bas. D’autre part la rupture du contact. Les mains s’avancent, les rênes sont manifestement détendues. Le cheval maintient son attitude et son allure. Si les mêmes pré-requis sont indispensables à la réalisation correcte de ses deux exercices, la mise en oeuvre est très différente.

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