Technique Dressage : les notes d’ensemble

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Les notes d’ensemble, notamment parce qu’elles sont soumises à des coefficients, sont susceptibles de faire basculer la moyenne globale d’une prestation, bouleversant conjointement le classement général de l’épreuve. Apposée au bas des protocoles, elles trônent historiquement au nombre de quatre. Les cases Allures, Impulsion, Soumission et Position sont censées « refléter l’impression générale laissée par la reprise » comme le rappelle justement Isabelle Judet, juge internationale 5*. Si le coefficient qui leur est attribué s’est vu à maintes reprises révisé au fil du temps, leur essence même restait jusqu’ici parfaitement inchangée.

 

 

Or, trois des quatre notes d’ensemble que sont les allures, l’impulsion et la soumission seront supprimées des protocoles au niveau international dès 2018. La note attribuée à la position du cavalier restera cependant intacte. Les fédérations nationales ont récemment voté en faveur de cette réforme lors de l’assemblée générale de la Fédération Equestre Internationale à Montevideo, Uruguay. Officiellement, cette révision aspire à optimiser le jugement. L’objectif : simplifier la notation, éliminer les redondances et accélérer le calcul des résultats. En filigrane, l’espoir est de contrer les dérives pouvant s’apparenter à du favoritisme ou du nationalisme. S’agit-il là d’une défiance vis-à-vis des juges ? Si sur le fond la tendance à rendre plus scientifique la notation semble satisfaire toutes les parties prenantes, c’est la forme qui parfois divise. Bon nombre d’acteurs du dressage mondial, juges en tête, réclament que cet unique « note d’ensemble » s’intitule « impression générale » plutôt que « position du cavalier ». Moins facile de cette manière de récompenser un cavalier sous prétexte de sa renommée. Moins facile également de prêter aux juges des intentions suspectes.

 

 

Le dressage et son appréciation par un jury suscitent une réflexion continue de la part de l’ensemble des protagonistes de cette discipline. Des modifications sont souvent suggérées et certains changements drastiques parfois adoptés. Ces mesures sont mises en place dans l’espoir d’améliorer la transparence de la notation tout en limitant les défectuosités inhérentes au jugement humain. Un tournant décisif a été pris en 2008 suite à la polémique autour des performances de Satchmo lors des Jeux Olympiques de Hong Kong. À deux reprises, dans le Grand Prix Spécial puis dans la reprise libre en musique, le cheval d’Isabell Werth s’est impétueusement défendu dans le piaffer. Dans chacune des épreuves, le couple s’est malgré tout vu récompensé d’une médaille. Des réflexions de fond sur le jugement, plus particulièrement l’attribution et le poids des notes d’ensemble s’en sont suivies.

 

 

« Les juges voient parfois dans les notes d’ensemble l’opportunité de récompenser l’harmonie d’une reprise, comme un bonus pour une équitation particulièrement appréciable », dévoile Isabelle. Suite à une reprise sans fautes, les quatre notes finales peuvent pourtant mettre en lumière un problème dans l’image globale, un contact inadapté ou une attitude trop fermée par exemple. Certains les considèrent comme une petite liberté accordée au juge qui peut y exprimer son ressenti personnel en allouant encouragements ou mises en garde. D’autres y voient une porte ouverte aux abus, volontaires ou inconscients qui privilégieraient les cavaliers les plus connus. « Les allures, l’impulsion et la soumission sont déjà prises en compte figure par figure tout au long du protocole. En ce sens, les notes d’ensemble agissent comme doublon. Elles ne semblent par conséquent pas indispensables. Néanmoins, ce constat s’applique pareillement à la position du cavalier, note qui devrait subséquemment être abrogée au même titre que ses homologues». Reste la question des ex aexquo jusqu’alors départagés par les notes d’ensemble.

 

 

 

 

 

 

 

Les Notes d’Ensemble Expliquées par Isabelle Judet

 

 

 

La première des quatre notes d’ensemble est attribuée aux allures, à leur franchise (traduit de l’anglais freedom) et régularité. Le critère d’appréciation initial est la pureté des allures, c’est à dire leur rythme propre qui recoupe le terme de régularité. Les quatre temps égaux au pas, les deux temps égaux au trot, les trois temps au galop. Une poignée de critères permettent de définir la qualité de l’allure et ainsi de différencier un huit (bien) d’un neuf (très bien) ou d’un dix (excellent). Au pas, le juge doit observer la décontraction, la liberté d’épaules, l’activité des postérieurs, l’amplitude, l’aisance. Idem au trot. L’allure a-t’elle une bonne cadence, une bonne activité, élasticité, propulsion ? Le cheval fait-t’il preuve de suffisamment de liberté d’épaule ? Conserve-t’il la cadence au trot rassemblé ? Prend-il de l’amplitude tout en conservant l’équilibre au trot allongé ? Au galop on évaluera la projection, la couverture de terrain. Dans le cas ou l’un de ces ingrédients venait à manquer, la note ne pourra être supérieure à 7 (assez bien). Des imperfections dans la pureté de l’allure seront encore d’avantage sanctionnées proportionnellement au problème détecté. 

 

 

 

– L’appellation « impulsion » regroupe plusieurs notions : le désir de se porter en avant, l’élasticité des foulées, la souplesse du dos, l’engagement de l’arrière main. Le désir de se porter vers l’avant est synonyme de dynamisme, d’activité, de réaction positive aux aides propulsives. On entend par élasticité des foulées le temps de suspension qui est marqué entre les battues. La souplesse du dos correspond à la flexibilité latérale et longitudinale du cheval, son aptitude à s’incurver, à varier l’amplitude de ses foulées et son cadre. L’engagement de l’arrière main suggère une capacité à resté fermé dans les postérieurs quel que soit l’exercice demandé en augmentant le poids sur les hanches dans certains mouvements spécifiques. Ensemble, ces éléments forment un tout. Ils ne peuvent être dissociés au risque de créer un contre sens. Seul, le désir de se porter vers l’avant peut se transformer en précipitation. L’élasticité des foulées, sans la rapidité des postérieurs et la dynamique, risque d’engendrer un trot ‘passagé’ qui sera sanctionné. La souplesse du dos, isolée des autres facteurs, est susceptible d’induire un flottement nuisible à la rectitude. Quant à lui, l’engagement sans propulsion s’apparentera aisément à un cheval acculé.

 

 

 

– La soumission est un concept très large qui englobe la soumission au mors, l’attention, la confiance, l’harmonie, la légèreté et l’aisance des mouvements. Souvent décrié, le terme soumission est certainement inapproprié. Il est vrai qu’il induit une notion de domination plus que de coopération. Il n’en demeure pas moins que les notions sous-jacentes de contact moelleux, de cheval confiant et attentif aux aides, de facilité à produire les exercices résument la complicité cavalier/cheval expertisée dans la case « soumission ». Une reprise fluide dans laquelle le cavalier et son cheval forment un partenariat, même entachée d’une modique faute, sera mieux rétribuée qu’une reprise intacte présentée grossièrement. Le juge doit valoriser la qualité de la relation, de la communication dans le couple.  

 

 

 

– La quatrième et dernière note d’ensemble porte sur la position et assiette du cavalier. C’est indéniablement l’une des notes les plus difficiles à attribuer. Souvent suspectée d’être accordée à la tête du client, elle est censée arbitrer la bonne tenue du corps peut importe le physique du cavalier. L’équitation est un sport. Il est essentiel d’être athlétique, de développer abdominaux et dorsaux notamment. Le juge doit mémoriser au fur et à mesure de la reprise l’efficacité et la discrétion des aides employées. Une faute majeure pénalise inévitablement la note du cavalier qui n’est pas parvenu à l’éviter. Le juge doit pourtant veiller à ne pas sanctionner avec excès un cavalier qui aurait fait preuve de tact mais dont le cheval, délicat, a commis une faute mineure. La finesse des chevaux modernes requiert un certain à propos de la part du cavalier. Le juge doit être capable de récompenser la justesse des aides en dépit de la renommée. 

 

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