Technique Dressage : l’attitude

Quelle attitude pour un cheval de dressage ?

 

 

L’attitude dans laquelle évolue un cheval donne la toute première impression sur sa prestation. Au fil des années, les techniques d’entraînement et modes de présentation évoluent mais l’intention reste la même : présenter des chevaux rassemblés dans un fonctionnement harmonieux et un contact gracieux. Quand, comment et pourquoi chercher à contrôler et varier l’attitude de votre cheval de sport ? Voici quelques éléments de réponse. 

 

 

On appelle « attitude » la position qu’adopte le cheval à l’entrainement qui combine l’arrondi de son encolure, la hauteur de sa nuque et la position de sa tête soit l’angle créé entre son chanfrein et son poitrail. L’Echelle de Progression de la Fédération Française d’Équitation décrit l’attitude comme la « posture que prend la silhouette du cheval, notamment la ligne du dessus (…) Plus facilement évaluée de profil, elle prend en compte le degré d’engagement des postérieurs et l’orientation de l’ensemble dos-encolure-tête ». Si la compétition de dressage impose une attitude bien définie, la gymnastique quotidienne consiste à alterner des postures aussi diverses que variées. L’alternance apparait alors comme la clé d’une musculature complète et consistante.

 

 

Le cavalier doit être au contrôle de l’attitude et non la subir. Cette dernière ne peut être dissociée du fonctionnement global du cheval. Au contraire, elle résulte de l’engagement des postérieurs et de leur action propulsive encourageant le cheval à se mouvoir harmonieusement à travers l’intégralité de sa ligne dorsale. On parle alors d’un cheval tendu dont la connexion est interrompue depuis l’arrière main, en passant par la ligne du dessus et vers la bouche. « Aux allures rassemblées, l’attitude est plus montante et montre plus de soutien. Dans ce cas, la tête se rapproche de la verticale, c’est le ramener, avec une tendance de la nuque à pousser au dessus du mors. Le cheval adapte son attitude, ou cadre, au degré relatif d’allongement et de rassembler des allures. Cette adaptation est peu visible au trot et au galop mais nette au pas » (Echelle de Progression, Fédération Française d’Équitation). Attention, le cheval peut être déplié dans une attitude basse et ronde en maintenant malgré tout une tendance montante. Le garrot ne devrait en aucun cas s’affaisser durant le stretching et l’équilibre du cheval sur les hanches doit être relativement maintenu dans cette attitude de décontraction.

 

 

Chaque attitude doit être nuancée et employée avec parcimonie. Aucun cheval n’est capable d’évoluer dans une attitude de compétition permanente, le chanfrein à la verticale et la nuque le point le plus haut de sorte que le cavalier puisse voir ta têtière du filet. Si ce cadre exigé par les juges est clairement défini, il ne doit sous aucun prétexte être permanent au risque de nuire à la décontraction du cheval. Il n’existe pas d’attitude idéale dans le quotidien de l’entrainement. La bonne attitude est celle qui permet au cheval de fonctionner dans tout son corps et de porter son cavalier avec aisance. Morphologie et niveau de dressage déterminent la posture qu’un cheval peut facilement adopter à un instant donné. Le cavalier doit pouvoir à souhait obtenir une attitude étendue ou une attitude soutenue, jouant avec la fermeture de l’angle tête encolure. Il est cependant impossible d’évoluer constamment dans une posture de stretching, bas et loin qui risquerait de faire basculer l’équilibre sur les épaules. Varier les attitudes permet non seulement de proposer au cheval un programme d’entrainement divertissant mais aussi de solliciter l’ensemble de ses muscles et articulations. Il est donc indispensable d’alterner entre les mouvements rassemblés et les phases de stretching. L’image d’un cheval qui tire sa charrette peut aider à ressentir l’attitude correcte. Sans chercher à fuir le contact ou l’équilibre en tirant son cavalier hors du cadre fixé, le cheval doit pousser sur son nez, y compris dans les transitions descendantes. À aucun moment ne devez-vous sentir un cheval qui se réfugie en dedans de la main. Au contraire, votre cheval doit vous donner l’impression qu’il monte une colline. Même en attitude basse et ronde, son garrot doit être montant, le chanfrein respectant le plus possible la verticalité. Vous devez sentir que vos mains vont vers la bouche et que le cheval y reste fidèle sans chercher à lâcher le contact ni tirer en déséquilibre.

 

 

La notion d’attitude ne peut être dissociée de celle de contact. « Le contact est ce rapport qui existe entre la bouche du cheval et la main du cavalier lorsque les rênes sont ajustées. Il doit être l’expression d’une relation confiante, stable, symétrique et moelleuse » (Echelle de Progression, Fédération Française d’Équitation). Loin d’être la conséquence d’une simple action de main, l’attitude n’est autre que la résultante du mouvement général du cheval. Comme le contact, elle doit « provenir par l’énergie des postérieurs transmise jusqu’à la main par un dos souple, le cheval venant chercher le contact de la main, l’encolure et la nuque restant souples. Tirer avec les mains pour corriger le contact a pour effet de bloquer le dos et s’oppose à l’activité issue des postérieurs » (Echelle de Progression, Fédération Française d’Équitation). « On parle de rondeur lorsque la ligne du dessus prend une orientation concave vers le bas, le cheval donnant l’impression qu’il pourrait se déplier vers l’avant et vers le bas, sans tirer ni peser à la main, la poussée des postérieurs passe ‘par le dos’ qui a tendance à monter. Dans les cas contraires on parle d’attitude fausse, creuse, plaquée, ou de mauvaise orientation, par exemple : cheval au-dessus de la main, gorge de pigeon, cheval enfermé…. ». Une apparence de rondeur ne traduit pas toujours une attitude correcte et franchie. « Pour apprécier la qualité du contact et constater que le cheval est bien sur la main, il ne suffit pas d’observer l’attitude de l’ensemble tête-encolure, Il faut aussi évaluer le cheval dans son ensemble, sa perméabilité aux aides, sa rondeur, et sentir que l’impulsion vient bien jusqu’à la main en passant par le dos et par la nuque » (Echelle de Progression, FFE).

 

 

Le jeune cheval n’a ni la musculature ni la technique pour tendre naturellement sa ligne du dessus. Il cherche souvent à fuir la rondeur en creusant son dos, tirant sur son encolure à l’horizontale et son chanfrein loin devant la verticale. Face à cette résistance, le cavalier ne devra en aucun cas céder à la tentation d’intervenir avec les mains. Au contraire, il faudra poser les deux mains rapprochées fixement au niveau du garrot et maintenir un franc mouvement vers l’avant. La notion d’effet d’ensemble que nous devons à François Baucher fait dès lors son entrée dans l’apprentissage du jeune cheval. La méthode est simple. Les doigts fermés sur les rênes, sans tirer ni lâcher, pensez seulement à résister lorsque le cheval cherche à vous arracher le contact. Encadrez-le avec votre bas de jambe afin d’assurer la propulsion de ses postérieurs. Pousser votre cheval dans le couloir de rênes plutôt que retenir son nez vers vous. Lorsque vous sentez le cheval céder dans sa nuque en laissant tomber sa tête et en se relaxant sur le mors, mollissez dans vos bras. Attention à ne pas ouvrir totalement les doigts, vous risqueriez de perdre entièrement la connexion avec la bouche et la stabilité de l’attitude. En cédant, vous créez une situation de confort que le cheval va chercher à reproduire.

 

 

Étendre et baisser l’encolure du cheval est fortement recommandé en début et en fin de séance mais également en cours d’entrainement suite à un exercice exigeant en terme de rassemblé. Le cheval est alors autorisé à se détendre après un effort intense avant une pause au pas. Cette attitude est essentielle à l’échauffement ainsi qu’à la récupération active. Conservez le contrôle au fur et à mesure que le bout du nez avance, que l’angle tête encolure s’ouvre, que le nuque descend. Activité, cadence et rythme doivent être maintenus afin que l’équilibre montant du cheval persiste malgré l’attitude basse. Pour que l’étirement soit efficace de la queue à la bouche, l’impulsion doit être assurée. Le cheval va alors tendre sa ligne du dessus avec souplesse et tonicité. Sans activité, l’équilibre risque d’être transféré sur les épaules. Or, le cheval doit rester le plus fidèle possible à sa locomotion lorsque les rênes se rallongent et l’attitude se déplie. Sous prétexte de se déplier, la rapidité des postérieurs et la cadence de l’allure ne sont pas altérées. Si le cavalier rallonge les rênes, le cheval doit chercher à suivre le contact vers d’avantage d’étirement en se dépliant. Il peut être utile de fermer légèrement les jambes pour encourager cette tendance. Dans le cas où le cavalier rompt le contact, le cheval ne doit ni accélérer ni sortir de l’attitude donnée en se remontant.

 

 

On en vient à un sujet complexe à savoir le demi arrêt ou la parade qui sera traité dans un prochain numéro. Cette action du cavalier exerce une conséquence directe sur l’attitude adoptée par le cheval. Avec l’évolution de l’élevage et l’introduction d’allures de plus en plus puissantes et expressives, la qualité du contact a évolué et avec elle la référence quant à l’attitude tolérée. La nécessité de contrôler de grandes mécaniques a certainement engendré de nouvelles difficultés : le demi arrêt a parfois pour conséquence de raccourcir l’encolure plutôt que de rasseoir le cheval sur les hanches. Rarement la volonté du cavalier, c’est une dérive commune que seul un entrainement consciencieux et rigoureux sur le long terme peut palier. Prenez soin de dissocier l’entrainement bas et rond parfaitement autorisé et recommandé de la rollkür qui consiste en un excès d’hyper-flexions.

 

 

L’essentiel à retenir

 

  • La main est le dernier élément responsable de l’attitude, elle ne fait que recevoir le contact préalablement déterminé par l’action des postérieurs, la mobilisation du dos et des abdominaux. Le résultat de cet engagement est que l’encolure tombe avec relâchement dans la main du cavalier. Un main trop dure qui retiendra l’encolure du cheval vers l’arrière résultera en un dos creux, contracté et figé.
  • Veillez à distinguer un cheval bas et rond avec un dos souple et mobile d’un cheval plaqué, retenu par une main trop ferme avec un dos figé et une encolure coincée.
  • Les jeunes chevaux doivent se muscler, apprendre à maintenir l’équilibre sur les hanches en acceptant le contact. Pour cette raison, il est souvent recommandé de débuter leur éducation avec des rênes plus courtes dans une attitude plus haute, gardant le stretching pour la fin de séance lorsqu’ils auront appris à suivre la main avec confiance et fidélité.
  • La direction du contact devrait toujours aller vers l’avant et vers le bas. Lorsque le cheval se voit offrir d’avantage de longueur de rênes, il devrait s’étendre dans ce sens.
  • La position de la nuque ne doit jamais primer au détriment de la relaxation de l’encolure. S’il se focalise sur l’attitude plus que sur le fonctionnement du cheval, le cavalier risque d’intervenir afin de placer artificiellement la tête du cheval.

 

Les problèmes d’attitude les plus fréquents :

 

  • le cheval s’enferme, plaçant son chanfrein en deçà de la verticale en vue d’éviter le contact ou par un excès de main du cavalier
  • le cheval casse son encolure, le point le plus haut se situe non plus au niveau de la nuque mais entre la deuxième et la troisième cervicale
  • le cheval s’appuie trop fermement sur le mors ce qui reflète un manque d’équilibre et une dépendance à la main trop grande
  • le cheval est contre ou au dessus de la main, loin au delà de la verticale, la nuque résistant vers le haut : la souplesse du dos est perdue

 

Le piège des rênes allemandes

Plusieurs enrênements sont utilisés pour placer le cheval dans l’attitude recherchée. Chez les dresseurs, l’usage des rênes allemandes est relativement fréquent. Employées pour indiquer au cheval l’orientation souhaitée de l’encolure, elles donnent l’impression d’un cheval arrondi qui cède sur la main. Cependant, leur action risque d’être superficielle, tirant l’encolure vers le bas sans créer de réelle connexion à travers tout le corps. Les rênes allemandes n’éviteront pas que le dos se creuse ou le garrot s’effondre. Leur utilisation est donc à limiter afin d’éviter une orientation fausse.

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