Technique Dressage : la parade

La demi-parade incarne l’outil le plus subtil et fondamental à la disposition du cavalier de dressage. Tout premier mot du dictionnaire dans le langage établit entre l’homme et le cheval, la demi-parade s’impose comme une formule magique centrale dans le vocabulaire des entraineurs. Si l’on en use religieusement et abuse régulièrement, cette notion clé reste toutefois difficile à expliquer, comprendre et employer. Anne-Sophie Serre, cavalière du groupe JO/JEM nous aide à éclaircir le sujet. 

 

 

L’Échelle de Progression édictée par la Fédération Française d’Équitation décrit la demi-parade comme « un effet presque simultané des aides qui, par une action coordonnée de l’assiette (rein), des jambes puis des doigts, a pour but d’augmenter l’attention et l’équilibre du cheval avant la réalisation d’un mouvement ou d’une transition. Cette action presque invisible a pour effet de transférer un peu de poids sur les hanches, ou de s’opposer à un apport de poids sur les épaules. On donne ainsi plus de liberté aux épaules et on accroît l’expression des allures. On l’utilise pour préparer des changements de direction, de vitesse ou d’allure, pour corriger un excès d’appui ou pour rassembler son cheval. La demi-parade permet le contrôle de la locomotion. »

 

 

La demi-parade, ce dont tout le monde parle mais que personne ne voit.

 

 

Pour être un bon cavalier, il ne suffit pas d’avoir une jolie position. Puisqu’un cheval ne se contraint pas mais se convainc, il s’agit d’instaurer une communication efficace l’encourageant à fournir le meilleur de lui même. La demi-parade représente le fondement même de l’éducation de votre partenaire. Subtile, elle est quasiment invisible bien que son impact soit saisissant. Anne-Sophie Serre insiste : « la main intervient pour reprendre sur une action très brève puis doit céder et accompagner le mouvement vers l’avant. De même, la jambe doit rester au contact, prête à pouvoir intervenir sans surprendre le cheval si celui-ci venait à débrayer suite à une action de main un peu trop marquée ». L’action discrète et quasiment simultanée de l’assiette, des jambes et de la main captive l’attention du cheval afin de créer d’avantage d’équilibre. L’ensemble du corps du cavalier se mobilise pour produire une demi-parade profitable. Comme pour demander un arrêt, abdominaux et muscles dorsaux se mobilisent mais à un degré moindre et durant un bref instant seulement pour se relâcher sitôt une réaction obtenue. « Pour produire une parade, le cavalier devra en premier lieu se redresser dans son haut du corps et garder ses jambes au contact pour maintenir le mouvement vers l’avant et l’activité des postérieurs », explique Anne-Sophie. « Ensuite, il agira de façon brève et discontinue sur sa rêne extérieure afin de maintenir l’épaule extérieure en ligne et d’éviter que le cheval ne se mette à « courir » du fait d’un équilibre trop horizontal. Cette action lui permettra de conserver la souplesse de la base d’encolure comme de la ligne du dessus, de ralentir légèrement son cheval pour lui permettre de reporter du poids sur son arrière-main, sans que ne s’altèrent sa rondeur et sa qualité d’allure, le gardant ainsi disponible et perméable aux aides de son cavalier ». La parade ne peut intervenir indépendamment d’une action propulsive des jambes. En aucun cas ne doit elle être le fruit d’une main qui tire. Le mouvement vers l’avant en fait partie intégrante. « Comme souvent, le rôle de la jambe est primordial. Lors de la parade, le cavalier doit conserver ses deux jambes au contact du cheval pour maintenir la propulsion des postérieurs et conserver le mouvement vers l’avant. La parade ne consiste pas à venir « freiner » son cheval. Il s’agit d’abord et surtout d’une remise en équilibre impliquant que le cheval vienne se soutenir et alléger son avant-main. Or, pour ce faire, le cheval doit pouvoir continuer de transmettre pour que le mouvement généré par les postérieurs (impulsion) puisse en passant à travers la ligne du dessus, arriver jusqu’au garrot et de là à la bouche du cheval afin que celui-ci puisse venir se grandir et franchir son mors. Pas de jambe, pas d’impulsion. Pas d’impulsion, pas de tension, pas de rondeur et pas d’équilibre portant… » 

 

 

Passage obligé vers l’objectif ultime de rassemblé, de légèreté et d’aisance, la demi-parade permet de transférer du poids sur les hanches pour libérer l’avant main. En fléchissant son rein et en engageant ses postérieurs, le cheval gagne en soutien sans action intempestive de la main. Il se positionne en équilibre et se porte de lui même. Les intentions motivant une demi-parade sont multiples. « L’effet le plus évident sera bien sûr d’agir sur l’équilibre de sa monture, le but étant de lui faire transférer son poids du corps vers l’arrière-main afin de le placer dans un équilibre montant inhérent à la recherche de la légèreté souhaitée », rappelle Anne-Sophie. La demi-parade peut être employée lors d’une transition d’une allure à l’autre ou pour réduire l’amplitude des foulées à l’intérieur d’une même allure, impactant la cadence. Elle peut tout simplement viser à attirer l’attention du cheval en amont de l’exécution d’une figure de manège. Elle permet  également d’améliorer et maintenir le rassemblé à l’intérieur d’un mouvement. En approfondissant l’équilibre, elle influence conjointement la qualité du contact, redressant le cheval dans une bonne rectitude. La transmission de l’arrière main vers l’avant main se voit alors optimisée.

 

 

 

Les pièges à éviter selon Anne-Sophie Serre

 

  • Mettre la main sans mettre de jambes. Dans ce cas, le cavalier va purement et simplement bloquer la poussée des postérieurs, stoppant nette toute transmission de l’arrière vers l’avant.
  • Assurer une action brève afin de ne jamais entraver la propulsion et détériorer la qualité de l’allure.
  • Derrière la parade, la main du cavalier doit aller vers le contact, c’est à dire vers la bouche du cheval, et ne pas rester bloquée, ce qui pourrait avoir pour effet de venir raccourcir l’encolure du cheval, l’empêchant d’utiliser naturellement son encolure et de pouvoir dégager correctement ses épaules.

 

 

Le jeune cheval débute son apprentissage par une esquisse de demi-parade, de simples transitions du trot vers le pas. L’exercice se répète dans ce type d’enchainement : depuis le trot, une transition vers quelques mètres de pas puis à nouveau départ au trot. Au fur et à mesure que le cheval avance dans son entrainement, la distance parcourue au pas va diminuer jusqu’à se limiter à l’ébauche d’une foulée. Bien exécuté, voici l’illustration parfaite d’une demi-parade réussie : le cheval engage ses postérieurs, abaisse ses hanches, diminue la taille de ses foulées pour remonter son garrot voire sa nuque sans pourtant perdre le mouvement vers l’avant. C’est le principe même du rassemblé. « Dans un premier temps, il conviendra de familiariser son cheval avec les aides de son cavalier grâce à la mise en place de bases solides conforment à l’échelle de progression. Ceci acquis, on pourra travailler les arrêts, éduquant sa monture à venir se grandir lorsque son cavalier ferme les jambes en redressant le haut du corps. Cela exige du cheval beaucoup de concentration dans une immobilité contenue placée entre la main et la jambe de son cavalier. C’est l’effet d’ensemble. Une fois ces codes bien instaurés et assimilés, le cavalier pourra les utiliser, de manière un peu plus édulcorés, à la fois dans le pas, dans le trot et dans le galop. Le but ne sera pas forcément de venir stopper sa monture, mais bien d’interagir sur son équilibre en cherchant, comme lors de l’arrêt, à obtenir de son cheval qu’il se grandisse lorsqu’il sent son cavalier se redresser en serrant les jambes, tout en ne cessant jamais de penser « vers l’avant ». Car dans l’arrêt, comme dans la parade, le cheval ne doit pas venir s’acculer. Comme dans tout apprentissage, tout est question de dosages et de nuances ».

 

 

Lors de ses premières rencontres avec la demi-parade, le cheval n’est pas encore apte à s’engager manifestement et risque au contraire d’exprimer quelques résistances. Le cavalier doit rester calme et patient, éviter de se pendre aux rênes indéfiniment dans l’espoir d’obtenir une réaction. La parade doit alors se limiter à une inspiration et une expiration encourageant une tendance à revenir puis une volonté de repartir. Le cavalier se contente de peu et redemande souvent. Sans résultat manifeste, la demi-parade doit être répétée plutôt que prolongée. Pour Anne-Sophie, la fréquence à laquelle la demi-parade intervient dépend « de l’équilibre naturel du cheval d’une part, et de son niveau d’éducation d’autre part. Meilleur sera l’équilibre naturel de votre monture, moins fréquentes seront vos interventions pour l’améliorer. A l’inverse, il vous faudra agir et réagir plus souvent afin de « régler » en permanence la régularité de l’allure et l’attitude. Avec certains chevaux, il conviendra de régler presque chaque foulée sur sa rêne extérieure mais les actions, si elles peuvent être fréquentes, doivent toujours être très brèves, leur rôle étant de garder le cheval souple et perméable et non de provoquer des résistances et d’arrêter la poussée des postérieurs ». La notion de connexion est centrale. Une fois assimilé le rapport de la jambe qui pousse vers la main, la demi-parade n’en deviendra que plus efficace. « Avec un cheval déjà avancé dans son dressage, outre d’aider à parfaire la qualité des allures et de l’équilibre de son cheval, la parade va permettre la préparation et l’amélioration de bien des mouvements dans leur abord, mais également dans leur exécution elle-même ».

 

 

Il existe finalement autant de parades que de chevaux, de cavaliers et d’instants. Effet de rênes, action de main, fermeture de doigts, pliage de coudes, tension de bras, fermeture de cuisses, tenue du dos … À chaque contexte sa demi-parade. Son abstraction la rend difficile à décrire et donc à enseigner mais c’est également ce caractère insaisissable, imperceptible et fugitif qui en fait toute la richesse. La demi-parade s’adapte et se transforme, se renforce et se précise tout au au long de la progression du cheval et se son cavalier. C’est une recherche permanente bien que toujours inaboutie puisqu’éternellement perfectible qui constitue pourtant l’alpha et l’oméga de tout dressage.

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