Technique Dressage : détecter le potentiel d’un jeune cheval

Par préférence technique ou pour des raisons purement économiques, de nombreux cavaliers de dressage choisissent de s’associer à de tout jeunes poulains dans l’espoir d’atteindre un jour le haut niveau. Passage, piaffer, pirouette au galop… Comment détecter le potentiel et la capacité d’un cheval à se rassembler avant même de le voir évoluer sous la selle ? Guillaume Recoing, cavalier professionnel installé au Haras de Hus et habitué des jeunes chevaux nous aide à décrypter le mystère.

 

 

Le grand public est généralement fasciné par les jeunes chevaux avec d’énormes allures. Pourtant, la problématique des cavaliers évoluant au plus haut niveau se résume principalement à une question : « le cheval présente-t’il une prédisposition pour le rassemblé ? ». Il s’agit dès le plus jeune âge de déceler si oui ou non le cheval aura une aptitude naturelle pour le piaffer ou les pirouettes au galop qui lui rendra l’accès au Grand Prix aisé. Sans cette facilité intrinsèque, il devra fournir un effort bien supérieur tant physiquement que mentalement et risque de voir sa compétitivité limitée. Seul un oeil expert a été formé à détecter ce potentiel chez un poulain avec des allures « normales », estimant sa capacité future à se rassembler. Il faut avoir suffisamment d’imagination pour apprécier une qualité parfois quasiment invisible. Si un foal est spectaculaire sous la mère, il devrait le rester en grandissant mais un foal plus commun peut devenir lui aussi devenir un cheval exceptionnel. En réalité, très peu de chevaux olympiques ont auparavant été des poulains extravagants. Au contraire et à l’image de la Weihegold d’Isabell Werth, la plupart d’entre eux n’ont pas les allures abracadabrantes permettant d’être médaillés dans les épreuves jeunes chevaux. Leur point commun se trouve plutôt dans la puissance qu’ils dégagent, dans l’engagement des postérieurs et l’équilibre naturel. Évidemment certains chevaux cumulent toutes les qualités. C’est le cas par exemple de l’étalon Damon Hill déjà champion du monde des cinq puis six ans avant d’être médaillé aux Jeux Olympiques. Ces chevaux sont très rares et tout ce qui est rare … est cher ! Les cavaliers espérant dresser un cheval jusqu’au Grand Prix vont donc se tourner vers des jeunes chevaux cumulant un maximum des pré-requis laissant présager une chance d’atteindre ce niveau. Afin de maintenir un budget accessible, des concessions devront être faites. L’achat d’un foal ou d’un poulain avec des allures moins impressionnantes s’envisage à condition de respecter quelques règles.

 

 

 

 

Si les foals ne sont pas faciles à évaluer, le vieil adage « trois jours, trois semaines, trois mois, trois ans » reste relativement fiable. Si chaque poulain mature à une vitesse différente, ce sont les âges auxquels ils ont des chances d’être le mieux équilibrés dans leur croissance et par conséquent le plus accessible à évaluation. « Les qualités recherchées sont décelables assez tôt », explique Guillaume. Sur les foals ont peut déjà voir beaucoup de choses. Sur un trois ans non débourré, on juge encore mieux l’équilibre et la force que le cheval dégage en liberté. Une idée plus précise du modèle du cheval se dessine également à cet âge ». Ne vous fiez pas aveuglément aux mouvements d’un poulain dominé par sa croupe, dont le garrot est momentanément écrasé, fragilisant son équilibre naturel. Même à moins de six mois, recherchez un poulain qui se meut à travers tout le corps et pas seulement dans les membres. Soyez en quête d’un dos souple et d’un joli port de nuque en faisant déjà attention à sa conformation. Une encolure en « gorge de pigeon » ou de mauvais aplombs ne faciliteront pas son dressage. Des défauts de physionomie risqueront au contraire de fragiliser sa tolérance physique à l’entrainement. Ne tenez pas compte de l’expression que le foal dégage lors qu’il trotte queue sur le dos, elle est le fruit de son excitation et risque de disparaitre aussitôt revenu au calme. Jugez-le lorsque le contexte lui permet d’être énergique tout en restant décontracté.

 

 

 

 

L’évaluation d’un jeune cheval en liberté se fait d’avantage en observant l’engagement et l’énergie de son arrière main que le mouvement de ses antérieurs. Un poulain élancé au plein galop, s’il est naturellement équilibré, devrait fléchir son rein en ramenant ses postérieurs sous la masse lorsqu’il pile face à la clôture. Il faut rechercher une tendance à s’asseoir, presque comparable au mouvement des chevaux de western. De la même manière, un cheval qui repart aussitôt de cet arrêt vers le galop semble présenter la propulsion nécessaire chez un cheval de dressage. La combinaison des capacités à s’asseoir et à se propulser est indispensable à la fois pour le piaffer et les pirouettes mais aussi pour produire de jolis allongements et changements de pied. « Le plus important est l’équilibre du cheval », confirme Guillaume. « Je recherche en premier lieu des chevaux avec un équilibre naturellement montant, une encolure avec de la longueur qui sort vers le haut. Grand ou petit ça n’a pas d’importance, cela dépend des cavaliers. Ensuite je regarde l’activité des postérieurs et surtout la force qu’ils dégagentMême si tous les critères sont réunis, il reste difficile de savoir si le cheval passera le cap du travail rassemblé vers le passage et le piaffer », admet Guillaume Recoing. Il y a évidemment une grande part d’inconnu et d’incertitude. La robustesse et la fiabilité du cheval ne se révèleront qu’au fur et à mesure de son dressage. « Ce n’est vraiment que lorsque le cavalier commencera à toucher du doigt les mouvements de haute école qu’il saura réellement si son cheval pourra être performant en Grand Prix ». La différence se verra toujours entre un piaffer inné et un piaffer forcé. À performance égale, un cheval avec de superbes allongements au trot et au galop collectera de meilleur score qu’un concurrent aux allures plus modestes. Cependant dans le Grand Prix les coefficients sont appliqués notamment aux deux pirouettes et trois piaffers contre trois allongements au trot et un seul au galop au coefficient simple. Le cheval le plus complet l’emportera mais le cheval rassemblé prendra l’avantage sur celui qui n’est à l’aise que vers l’avant. Tous les chevaux nés pour le dressage devraient être capables d’atteindre le Saint Georges avec un bon cavalier mais le cap du Grand Prix est réservé à une poignée. « Les chevaux venant de studbooks allemands et hollandais sont sélectionnés depuis des décennies pour leur aptitude à porter sur les postérieurs en gardant une grande amplitude. C’est précisément ce que l’on recherche pour le sport de haut niveau : des qualités intrinsèques permettant d’allonger et de raccourcir l’amplitude de façon très rapprochée en gardant expression et rebond dans les allures. Les chevaux de race lusitanienne sont naturellement disposés à raccourcir leurs allures et à porter sur les postérieurs et l’amplitude de leurs allures à été et continue d’être grandement améliorée ».

 

 

 

La correction des allures doit être indiscutable en liberté comme en main. Le rythme doit être pur : un pas clairement à quatre temps, un galop respectant les trois temps et un trot régulier. Un pas ou un galop défaillant sera éminemment difficile à corriger même avec le meilleur des entrainements.  Seul un travail méticuleux, patient et expert peut espérer améliorer un pas latéral qui risquera toujours de se dégrader en abordant le rassemblé dans les pirouettes ou à l’approche du piaffer. Sélectionnez un pas ample sans être démesurément grand et un galop montant qui couvre du terrain. Une amplitude de pas excessive pourrait devenir problématique à l’introduction du rassemblé. Un trot plus commun, au contraire, pourra être transformé et gagner en expression sous la selle d’un cavalier compétent. Par conséquent, un trot extravagant ne doit pas être une priorité dans le choix d’un jeune cheval. Evidemment préférez un cheval avec une bonne liberté d’épaule et flexion des genoux à un trot rasant avec peu de couverture de terrain. Une bonne cadence, une tendance montante et un mouvement élastique vous rendra la tâche plus aisée. Gardez cependant à l’esprit que le trot pourra à terme être considérablement perfectionné sous la selle.

 

 

 

Une fois l’aptitude détectée, il s’agira de la nourrir, de l’approfondir. Pour Guillaume, la recette magique réside dans les transitions. « Des centaines et centaines de transitions pas/trot, trot/pas, trot/galop, galop/trot, trot/arrêt, arrêt/trot, pas rassemblé/arrêt, arrêt/pas rassemblé, trot rassemblé/trot de travail, trot de travail/trot rassemblé, galop rassemblé/galop de moyen, galop moyen/galop rassemblé, pas rassemblé/pas moyen, pas moyen/pas rassemblé ». Quelles que soient les facilités inhérentes au cheval, ces variations vont le guider vers d’avantage de flexibilité. « Elles vont lui apprendre à se porter de lui même, lui faire comprendre comment utiliser son arrière main pour transformer son équilibre vers le haut et le reporter sur les hanches. Ces transitions peuvent être faites dans différentes attitudes de travail, plus ou moins rond, plus ou moins haut. On peut également demander au cheval d’effectuer ces transitions en travaillant latéralement dans l’épaule en dedans, la cession à la jambe, la tête au mur ou les appuyers. L’important est que le cheval apprenne à utiliser son corps et en particulier ses postérieurs et acquiert du rebond dans sa locomotion. On peut, sur un cheval plus avancé, travailler la mobilisation et la diagonalisation avec une aide à pied qui demande au cheval de diagonaliser sa foulée pour tendre vers le piaffer. Ce travail peut se faire également aux longues rênes avec quelqu’un d’expérimenté dans ce domaine. Le plus important est de laisser le temps au cheval d’assimiler les exercices et de lui apprendre ces nouvelles choses de façon sereine et décontractée ».

 

 

 

Ne négligez jamais le facteur tempérament, principal dans l’évaluation du poulain et primordial pour gravir sans encombres les échelons du dressage. Un cheval volontaire pourra surmonter bon nombre de ses faiblesses s’il reçoit un entrainement adéquat. « Le tempérament du cheval doit être sympathique, pour aller à haut niveau il faut des chevaux travailleurs et proches de l’homme ». Déjà foal, le rapport entre poulains et celui à l’homme est révélateur. « Sous la selle, bien sûr le sentiment du cavalier aura une part importante dans le choix du poulain, il aura alors une idée plus précise du tempérament du cheval et de sa capacité à se grandir ». N’oubliez pas qu’harmonie et aisance font partie intégrante de la discipline du dressage, que les chevaux qui nous séduisent sont finalement ceux qui semblent performer sans contrainte. L’impression de facilité fera la différence entre un cheval de Grand Prix et une super star, entre un cheval qui exécute les mouvements demandés et un cheval qui danse avec son cavalier. Pour qu’un cheval apprécie être un athlète, il faut bien sur qu’il en ait le mental mais surtout que son physique lui rende l’exercice accessible.

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