Les principes fondamentaux en reprise Club

Les reprises de dressage au niveau Club ont vocation à initier les cavaliers à la compétition tout en les sensibilisant à une discipline olympique parfois boudée par les centres équestres. Préparant en douceur la transition vers le circuit Amateur, les reprises Club introduisent les attentes de celui-ci en s’appuyant sur des textes simples. Si la qualité de la cavalerie peut y être inférieure, le Club doit s’astreindre au respect de quelques principes fondamentaux : la précision du tracé, la position du cavalier, l’adéquation des aides, le contrôle du cheval. 

 

 

Cette première confrontation au regard d’un jury implique une rigueur et un travail sur soi malheureusement trop souvent absents des cours d’équitation. Sous prétexte de divertir, l’instructeur à tendance à oublier d’enseigner la position, la mécanique du cheval, l’anticipation des figures, la maitrise de la vitesse et l’incontournable notion de mise en main. En concours Club, la différence entre une reprise moyenne et une victoire se joue essentiellement sur l’attention portée au détail, l’exactitude de la trajectoire et l’impression générale laissée par un cavalier attentif, discret et efficace. Isabelle Judet, juge internationale 5*, partage ses conseils pour éviter qu’un 8 accessible ne se transforme bêtement en 6. Concentration, finesse et régularité en sont quelques éléments clés.

 

 

Dès les épreuves Club 3, les notes d’ensemble représentent quatre vingts points sur un total de trois cents. Seuls trente de ces points sont attribués au cheval contre cinquante au cavalier. Les allures ne se voient accordées qu’une note sur dix à simple coefficient soit seulement 3,33% du résultat final. Pourtant, près de 17% du pourcentage total récompense le cavalier par le biais des notes « Position et fonctionnement » et « Emploi et discrétion des aides ». C’est ici que réside la difficulté de la compétition Club, tant au niveau du jugement que de l’entrainement : les attentes vis à vis du cavalier sont identiques à celles du niveau Amateur mais comme le remarque Isabelle Judet « il faut être lucide quant à la réalité de la cavalerie qui s’y présente. En effet, les chevaux et poneys concourant au niveau Club ont parfois un physique et des allures peu adaptés à la discipline : dos long, jambes courtes, équilibre naturel plongeant, encolure greffée bas, trot sans cadence ni amplitude naturelles, galop rapide et rasant… »  Si l’objectif n’est pas de pénaliser un cheval dont les capacités seraient limitées, il semble néanmoins évident qu’à performance égale, une qualité intrinsèque meilleure l’emporte. De plus, la bonne équitation du cavalier sera davantage mise en valeur sur un cheval démontrant plus d’aptitudes. La supériorité du cheval sera récompensée dans les notes d’ensemble mais également dans la notation figure par figure du protocole : le trot de travail, le pas allongé et le galop moyen notamment. « Un cheval aux très bonnes allures mais mal présenté, hors de la main, derrière la jambe, manquant de rectitude et à la trajectoire incertaine ne prend pas l’avantage sur un cheval plus modeste à la prestation irréprochable ». Le juge gratifiera un travail appliqué respectant l’essence même du dressage, son échelle de progression c’est à dire la correction de l’allure (un pas à quatre temps égaux, un trot régulier soit bien à deux temps, un galop clairement à trois temps), la souplesse et la décontraction, le contact, la propulsion, la rectitude et le rassembler dans une quête d’équilibre.

 

 

L’habit ne fait pas le moine mais il y participe 

 

La Fédération Française d’Equitation présente le dressage comme « une discipline [aux confins du sport et de l’art équestre] qui demande beaucoup de concentration et de relation pour obtenir ces moments de pure magie quand le cheval semble danser au rythme de la musique sous des demandes invisibles ». Si élégance et harmonie y sont naturellement associées, il parait inévitable d’accorder au dressage le raffinement qu’il mérite en ménageant sa tenue et celle de son cheval. Bien qu’aucune note ne soit directement attribuée à l’habillement, soignez la présentation de votre couple cavalier/cheval. « On me demande souvent si l’apparence compte. Et ma réponse est assurément :  tout compte ! », s’amuse Isabelle Judet. « Attention donc au pan de chemise sortant d’un pantalon à la blancheur douteuse, aux bottes ternes et couvertes de boue, aux cheveux s’échappant d’un casque posé de travers, aux gants de couleur tenant des rênes marrons sur un filet noir, au tapis de selle rabougris habillant un cheval tondu à la hâte. Attention aux nattes irrégulières, aux copeaux dans une queue mal démêlée et aux balzanes salies … ». Le dressage est une discipline intransigeante. Votre look, comme votre curriculum vitae, est la première impression donnée de votre valeur. Accordez-lui la considération qu’il mérite. L’appréciation de votre prestation sportive passe également par la distinction de votre présentation esthétique ! Le couple qui s’imposera sera celui qui aura réussi à séduire le juge, à le convaincre jusque dans les moindre détails. Evidemment et bien heureusement les apparences ne font pas tout mais une tenue correcte témoigne de votre respect pour le jury, les spectateurs mais aussi pour votre cheval. Prendre le temps de le pouponner en le présentant sous son meilleur jour est aussi une façon de lui rendre hommage.

 

La position idéale : inspirez-vous des meilleurs

 

Le niveau Club n’est autre que la base de l’enseignement en dressage. Cette base, dont la position est un pilier central, doit être parfaitement acquise pour espérer accéder aux niveaux supérieurs. Sans elle, pas de gestion du tracé, pas de contrôle de l’allure. Isabelle Judet insiste sur l’importance de la position, première exigence du juge quel que soit le niveau de compétition. « La position est garante de l’équilibre du cheval » elle devrait donc être votre soucis principal et celui de votre entraineur. Quelle que soit votre expérience personnelle, cherchez à reproduire l’exemple de votre modèle. Isabel Werth, Charlotte Dujardin, Laura Graves ? Rien de vous empêche de vouloir leur ressembler, bien au contraire. À tous les niveaux, aspirer à copier la posture d’un champion est une source d’inspiration. Pas de dévalorisation de type « je ne monte qu’en Club ». Si vous concourrez au niveau Club, le tracé est abordable et les exercices simplifiés mais la discipline reste la même. Une bonne position est une bonne position. La définition d’un cheval sur la main ou d’un cheval actif est identique en Club et en Amateur. S’ils ne s’attendent pas à évaluer des changements de pied ou des appuyers, les juges aspirent à voir des cavaliers bien assis aux aides précises afin de distribuer les meilleures notes. « De profil, nous évaluons la verticalité du cavalier qui ne doit en aucun cas être couché en arrière au risque de tirer sur les rênes. La tension de son torse doit être notable, abdominaux gainés et dos tenu. Soulignons également l’importance de la position des bras, coudes pliés mais aussi des mains, au garrot, pouces au dessus, rênes dans la paume et doigts fermés pour tenir le contact sans tirer ni lâcher. Finalement rappelons la nécessité d’une bonne descente de jambes, prêtes à corriger une perte d’impulsion mais le reste du temps descendues et décontractées ». À aucun moment le cavalier ne peut se laisser aller puisque de profil comme de face et de dos sa posture est évaluée. « L’horizontalité des épaules et la verticalité de la colonne vertébrale sont exigées. La difficulté est de maintenir cette position tout en assurant la mobilité du buste. Il est essentiel de présenter une bonne rotation du haut du corps à partir du bassin afin de suivre le mouvement dans les courbes ». Une position correcte optimisera vos chances d’utiliser les aides à bon escient, avec le bon dosage et donc d’obtenir sans bagarre la réaction escomptée.

 

 

(Photo Chloé Becaert)

 

 

La position du cavalier à cheval :

  • le cavalier doit être assis d’aplomb, les fesses portant également sur la selle et le plus en avant possible 
  • les cuisses tournées sans effort sur leur plat, ne s’allongeant que par leur propre poids et celui des jambes
  • le pli du genou liant
  • les jambes libres et tombant naturellement, les mollets en contact avec le cheval sans le serrer, la pointe des pieds tombant librement quand le cavalier est sans étriers
  • le rein et les hanches souples
  • le haut du corps aisé, libre, droit 
  • la colonne vertébrale tirée vers le haut 
  • le nombril vers les oreilles du cheval 
  • l’alignement épaules-hanches-talons
  • les épaules effacées et également tombantes
  • les bras libres, à demi-ployés, les coudes tombant naturellement 
  • les avant-bras en direction de la bouche du cheval
  • les poignets à hauteur du coude et dans le prolongement de l’avant-bras, le pouce en dessus
  • la tête droite, aisée et dégagée des épaules, le regard haut 

 

 

Il n’est pas toujours nécessaire de se présenter auprès du jury. L’usage veut que l’on en salue les membres en passant devant chaque cabane. En fonction des concours il peut s’avérer utile de décliner son identité auprès du président. Effectivement, le juge en C peut réclamer votre nom et celui du cheval si les numéros de départ sont incertains et qu’il n’y a pas de commissaire au paddock pour assurer l’ordre réel des concurrents selon la liste de départ. Interrompre son tour de piste n’est pas forcément souhaitable pour le cheval qui risque de se déconcentrer. Veillez donc à être concis en donnant simplement le nom du cheval « monté par » votre nom. Autour du rectangle, préférez le mouvement en avant afin de maintenir votre cheval dans les aides. S’il a tendance à freiner ou se crisper, optez pour un trot ou galop soutenu afin de reprendre le contrôle de la situation. Si l’entrée se fait au trot, retrouvez cette allure sur le grand coté précédent la porte en A de manière à établir le bon rythme. En aucun cas vous ne devriez marcher au pas durant un tour de piste complet. D’une part votre cheval risque d’interpréter que la séance est terminée. D’autre part vous n’aurez alors pas l’occasion de lui présenter l’environnement avoisinant dans son intégralité. Attendez le retentissement de la cloche puis entrez rapidement en choisissant le chemin le plus court puisque quarante cinq secondes uniquement vous sont accordées. N’oubliez pas de saluer le juge en C de manière sobre et classique. Tenez vos rênes à une seule main et baissez l’autre main à plat, doigts serrés, paume le long de la cuisse. En sortie de piste, souvenez-vous qu’il est obligatoire de laisser le cheval au pas rênes longues. Pensez à caresser votre partenaire quelles que soient vos impressions à chaud.

 

 

Le niveau Club doit être considéré comme initiatique et les différents acteurs encadrant cette pratique, entraineurs comme juges, devraient adopter un comportement pédagogique encourageant le développement de la discipline. Néanmoins, la compétition équestre est un sport difficile à pratiquer en dilettante, la maitrise du cheval demandant une dose certaine d’entrainement et de compétence. Votre sécurité mais aussi la qualité de votre performance dépendent essentiellement de votre niveau. Par conséquent, même si certains outils sont à votre disposition pour faciliter l’encadrement du cheval (gogue par exemple) il est souhaitable de maitriser les bases du dressage avant de s’élancer en compétition. Afin d’assurer votre confort et celui du cheval, engagez une reprise de niveau inférieur à celui travaillé à la maison. Rappelez-vous qu’il n’existe qu’une seule et même discipline du dressage que cela soit soit en catégorie Club, Amateur ou Pro. La différence ne s’effectue qu’au degré de difficulté des exercices.

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