Conseil de Juge n°67 : l’évolution du jugement

Il y a longtemps que je souhaite partager à l’attention de mes collègues juges, le cheminement qui a été le mien dans ma « carrière « de juge.

Je découpe ma vie de juge en plusieurs périodes :

 
1) Mémoire phénoménale

 

A l’époque, j’étais beaucoup plus jeune et je pouvais prétendre mémoriser toutes les reprises vues. Je notais les chevaux les uns par rapport aux autres en essayant de me souvenir de chacun et de faire un classement cohérent en conséquence.
Lorsqu’un cavalier venait me voir pour me parler de la reprise qu’il avait déroulée au concours précédent qui avait été mieux notée alors qu’elle était moins bien, je lui rétorquais sans vergogne et avec conviction que l’on ne pouvait pas comparer les notes d’un concours à l’autre !!!

 

 

2) Prise de conscience de l’absolu

 

L’apprentissage s’est affiné car j’ai commencé à juger les très bons chevaux de la discipline. Il a fallu apprendre à les apprécier dans l’absolu.
Cette période a été celle où j’ai beaucoup progressé en mathématiques (moi qui n’y excelle pas) et j’ai donc vérifié en comptant mes points après chaque couple pour m’assurer que la place de chacun était bien celle que je souhaitais le voir occuper. Bien sûr procédant ainsi il m’arrivait de temps à autre d’assister en live – et de façon impuissante puisqu’il était exclu et impossible de revenir en arrière – à quelques unes des erreurs de jugement que je me reprochais amèrement par la suite. A l’époque, je n’avais pas saisi la notion de groupe et n’étais intéressée que par mon propre classement.

 
3) Instinct et esprit d’équipe

 

Puis est arrivé l’âge mûr où le jugement s’est mis à faire partie intégrante de moi comme l’instinct de chasseur est inhérent à certains animaux ou celui de fuite à d’autres. Je suis mon instinct qui est maintenant libéré de tout calcul. Je sais et j’accepte l’idée de faire des fautes de temps à autres mais cela n’entame plus ma sérénité et je fais confiance à mes collègues pour que l’ensemble soit cohérent.

 

C’est pour cette raison qu’il est essentiel que le niveau et l’expérience des juges soit en constante évolution, pour que le groupe puisse se faire confiance et fonctionne avec une énergie positive. Dans les plus grands concours internationaux où officient les meilleurs juges au monde, je ressens désormais cette solidarité qui permet à chacun de se reposer sur les autres et de ne pas douter de soi à la moindre différence.

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